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Mardi 26 juin 2007 2 26 /06 /Juin /2007 13:46

Les récentes négociations menées à Bruxelles entre les 27 membres de l'Union avaient pour but de relancer la construction européenne, mise à mal par le rejet du projet de Constitution en mai 2005 par la France puis les Pays-Bas. Les longues heures de tractation et le bilan somme toute mitigé ont mis à jour une réalité jusqu'alors largement sous-estimée par les observateurs et désormais incontestable : il faudra encore longtemps compter avec les intérêts nationaux des Etats membres et notamment avec la Pologne, le plus grand des membres issus de l'Europe post-communiste. Par leur attitude, les dirigeants polonais se sont ainsi placés au centre de toutes les attentions, de toutes les critiques, des flatteries comme des menaces mais en aucun cas ils n'ont suscité l'indifférence. La Pologne s'est durablement installé dans les consciences comme un partenaire incontournable, c'est avec le recul du temps que l'on pourra correctement juger des dégâts provoqués pour arriver à ce résultat.

Les frères Kaczyński étaient redoutés bien avant ce sommet, le nouveau président français Nicolas Sarkozy ne s'y était pas trompé en allant préparer le terrain lors d'une rencontre avec son homologue à Varsovie, tentant tour à tour de manier le compliment et la mise en garde. Utilisant les médias de façon plus habile qu'à l'accoutumée, les deux dirigeants polonais avaient fait monter la pression en brandissant leur principale revendication par ce slogan : "la racine carrée ou la mort"!

Cette idée avancée par les Polonais pour rééquilibrer les droits de vote au sein de l'Union a été rejetée et remplacée par un système complexe permettant de passer en douceur du système actuel à un vote à la double majorité (nombre d'Etats – nombre d'habitants), prévu initialement mais repoussé à l'horizon 2017. Le système de la "racine carrée" avait pourtant des arguments objectifs à faire valoir, il était soutenu par de nombreux statisticiens et mathématiciens européens, des éditorialistes de la presse allemande ou suisse notamment qui le considéraient comme un bon compromis entre l'avantage donné aux très petits pays et celui donné aux pays très peuplés. Pourtant, ce système de vote n'a été porté que par la Pologne et il faut voir une raison politique à ce rejet : comme le soulignait l'euro-député français Jean-Louis Bourlanges avant le sommet, la racine carrée du nombre d'habitants a beau être le meilleur garant de l'équité, la proposition polonaise n'en restait pas moins inacceptable.

La position des frères Kaczyński était par trop empreinte de germanophobie pour être sereinement débattue : derrière la défense de ses intérêts propres, les Polonais cherchaient avant tout et ouvertement à réduire l'influence allemande sur l'Union. Cette attitude est d'autant plus mal comprise outre-Rhin que c'est l'Allemagne qui a toujours le plus vigoureusement défendu la place de Varsovie dans le concert européen depuis 2004, négociant le Traité de Nice en sa faveur et acceptant de nombreux transferts de subventions vers son voisin oriental. L'argument final du président polonais selon lequel la Pologne compterait aujourd'hui 66 millions d'habitants sans les pertes de 1939-1945 a été perçue à juste titre comme la provocation de trop, elle est d'ailleurs également très critiquée en Pologne, à gauche comme à droite. La presse allemande n'est pas tendre avec les jumeaux de Varsovie, qualifiés de "profiteurs" ou de "teignes" au hasard des colonnes de la presse.

Le plus inquiétant est que cette négociation-marathon ne portait que sur des procédures institutionnelles et pas sur les dossiers importants à venir tels que la politique énergétique, la défense ou la remise en question de la politique agricole commune. Quand ces questions viendront à l'ordre du jour, on pourra juger du rôle que veulent jouer les dirigeants polonais au sein de l'Union Européenne : la simple opposition aura ses limites quand les partenaires se réuniront pour parler non plus de traités et d'accords politiques mais de subventions. Quand on considère que la Pologne est de loin le premier bénéficiaire de cette manne et que tous les citoyens en voient les effets au quotidien, on peut parier que si leurs dirigeants persistent dans le blocus systématique, la population ne les soutiendra pas longtemps dans cette voie. Un récent sondage montre d'ailleurs que seuls 30% des Polonais jugent que les intérêts de leur pays en Europe sont bien défendus par l'actuel gouvernement…

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /Mai /2007 17:21

Depuis sa prise de fonction au Ministère de l'Education Nationale en mai 2006, Roman Giertych, par ailleurs leader de la Ligue des Familles (LPR), formation politique nationaliste ultra-catholique, a maintes fois montré sa volonté d'imprimer sa marque idéologique à ce poste particulièrement sensible (cf. Atteinte à la vie privée dans les établissements scolaires?). Multipliant les déclarations et les initiatives, le ministre semble avoir patiemment découragé ses plus farouches opposants, qui misaient sur un épuisement rapide d'un ministre à la fois maladroit, outrancier et notoirement inexpérimenté. C'était faire peu de cas de la position-clé de la LPR, formation peu importante d'un point de vue quantitatif, mais essentiel pour le maintien au pouvoir de la fragile coalition conservatrice des frères Kaczyński.

Profitant pleinement de cette immunité tacite, le ministre a pu annoncer la teneur d'un projet qui lui tient particulièrement à coeur : la remise en question du programme littéraire imposé aux élèves du cycle secondaire. Cette liste d'ouvrages imposés aux enseignants de langue polonaise était jusqu'alors le résultat d'un compromis entre littérature nationale et classiques étrangers approuvé par une majorité des professeurs. Les profondes modifications qui devraient y être apportées dès la prochaine rentrée des classes en septembre ne manqueront pas de provoquer stupeur et indignation, dans un milieu déjà passablement braqué par la seconde loi de lustration décrétée par le gouvernement (cf. la " lustration " passe à la vitesse supérieure).

En ce qui concerne le patrimoine national, les deux principales victimes de la nouvelle orientation des programmes sont le dramaturge contemporain Witkacy et surtout Witold Gombrowicz. Ce dernier, dont les œuvres ont eu un important retentissement international et notamment en France, a toujours été à la fois la bête noire des communistes polonais et des milieux nationalistes-catholiques. Il n'a jamais été pardonné à l'auteur de Ferdydurke son regard lucide et acerbe sur la société polonaise, jugé par eux "anti-patriotique" : cette mise à l'index n'a rien d'étonnant quand on sait que Giertych est le petit-fils d'une figure de la droite nationaliste d'avant-guerre que Gombrowicz détestait. L'œuvre sus-citée est d'une actualité particulièrement frappante dans le contexte actuel de censure sous prétexte de retour à l'ordre moral : le système éducatif y est décrit comme bigot et sclérosé avec beaucoup de pertinence et d'humour.

Les classiques internationaux ne sont pas épargnés : Dostoïevski, Kafka, Goethe et Joseph Conrad ne nourriront plus de leurs écrits la réflexion des élèves polonais. En lieu et place de ces auteurs majeurs, le ministère impose les écrits de Jan Dobraczyński, obscur auteur d'avant-guerre dont le principal mérite est certainement d'avoir milité dans les rangs de la droite nationaliste avec le grand-père du ministre. Autre entrée remarquée dans le programme à la rentrée, l'œuvre désormais incontournable de Jean-Paul II, ce qui ne manquera pas de faire l'unanimité dans le pays même si on peut s'interroger sur la récupération à des fins politiques d'une figure historique débarrassée de toute sa complexité et réduite au rôle contestable d'icône de la cause patriotique. Certes, la liste imposée n'est pas encore figée et les enseignants restent libres d'y ajouter les œuvres de leur choix mais cela ne pourra se faire qu'une fois l'ensemble du programme imposé dument traité en classe. Or, ce programme étant particulièrement dense, les œuvres optionnelles ne seront certainement pas légion…

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /Mai /2007 13:59

En 2005, les associations polonaises de défense des droits des minorités sexuelles s'étaient vues privées de l'autorisation de défiler dans les rues de Varsovie par le maire de la capitale qui était alors Lech Kaczyński, l'actuel Président de la République. Le bras-de-fer avec les autorités départementales qui étaient favorables à la tenue de la manifestation avait tellement duré que la marche avait du être annulée, ce qui est d'autant plus étonnant qu'elle s'était précédemment déroulée chaque année depuis 2000.

Lech Kaczyński était alors en pleine ascension politique et avait utilisé cette prise de position pour renforcer son aura auprès de l'électorat conservateur qui allait le propulser à la présidence quelques mois plus tard. Depuis cet épisode, l'enjeu est devenu politique et on a vu de nombreuses personnalités participer aux marches suivantes comme par exemple la députée SLD (gauche) Izabela Jaruga-Nowacka ou le vice-président centriste de la Diète Tomasz Nałęcz. La riposte de la droite ne s'est pas fait attendre à travers l'organisation par la Ligue des Familles (LPR, droite religieuse ultra-nationaliste) d'une contre-manifestation délicatement baptisée Marche de la Normalité. Les dirigeants de cette mouvance, associée au gouvernement depuis 2006, avaient profité de l'occasion pour exiger la démission des deux responsables politiques cités plus haut.  

Après la décision du Tribunal Constitutionnel qui avait invalidé la décision de la municipalité de Varsovie pour entrave à la liberté de manifestation, les associations homosexuelles du pays savourent aujourd'hui une seconde victoire à travers l'arrêt rendu par la Cour Européenne des Droits de l'Homme de Strasbourg. Cette juridiction qui avait récemment tranché un autre litige au sujet de la Pologne (cf.La Cour Européenne des Droits de l’Homme condamne la Pologne) a elle aussi reconnu le délit d'entrave à la liberté de manifestation mais sa décision a des conséquences plus vastes. Tout d'abord, la Cour demande à la Pologne de se doter de juridictions efficaces pour statuer sur de futures interdictions administratives de manifestations publiques : il deviendra donc impossible de contourner la loi en "jouant la montre" pour aboutir à un renoncement des organisateurs. La Cour a également indiqué que l'actuel président polonais avait commis une faute en qualifiant la manifestation de "propagande homosexuelle", des propos jugés inexacts et de nature à influencer le jugement des fonctionnaires chargés de faire appliquer les décisions de justice.

Le représentant du gouvernement polonais à Strasbourg a pris acte de la décision et a tenu à souligner que la Constitution du pays protègeait déjà les minorités sexuelles avant cet épisode. Ceci est à peu de choses près l'argument brandi par Lech Kaczyński à l'époque : pourquoi les homosexuels auraient-ils besoin de manifester puisqu'ils ne sont pas discriminés par la Loi? Dans le climat actuel (cf. Pologne : l’homophobie d’Etat bat son plein), le gouvernement polonais ne souhaite pas s'appesantir sur le sujet, préférant faire remarquer que la Lettonie n'a pas non plus permis l'organisation de la Gay Pride à Riga sans que l'Europe s'en émeuve outre mesure.

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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Lundi 30 avril 2007 1 30 /04 /Avr /2007 17:32

Le 26 avril 1986 restera dans les livres d'histoire comme une des pages les plus noires du vingtième siècle. Ce jour-là, le réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, provoquant une catastrophe sanitaire et environnementale dont les conséquences ne sont que partiellement connues, vingt-et-un ans après les faits. Si en 2006, le vingtième anniversaire de l'accident a eu droit dans toute l'Europe à  une couverture médiatique très importante, l'événement est passé assez inaperçu cette année. Ce n'est bien entendu pas le cas en Biélorussie, dont les scientifiques considérent qu'elle a subi plus des deux tiers des retombées directes de la catastrophe, alors même que la centrale se situe en Ukraine voisine.

Chaque 26 avril est donc jour de commémoration dans le pays, avec une connotation politique de plus en plus affirmée. En effet, le régime de Loukachenko fait tout son possible pour étouffer les commémorations orchestrées par l'opposition critique à son égard. Certes, la catastrophe a eu lieu quelques années avant l'indépendance du pays, la responsabilité de l'actuel président ne peut donc pas être directement mise en cause : les démocrates reprochent entre autres au chef de l'Etat sa politique isolationniste qui freine l'arrivée de l'aide internationale ou gêne le travail des scientifiques sur le terrain. Encore plus grave, de nombreux spécialistes estiment que les autorités se livrent à de la désinformation sur ce sujet : statistiques ou études orientées tendent à minimiser les conséquences de l'accident. Les autorités peuvent de cette façon réduire les crédits alloués à la veille sanitaire ou commencer à reconquérir les terres les plus contaminées, passant outre les avertissements de la communauté scientifique.

C'est cette attitude volontairement amnésique du pouvoir qui a motivé les très nombreux manifestants qui se sont retrouvés sur la place Jakub Kolas, point de départ de tous les défilés organisés à Minsk. Quelques semaines seulement après la grande manifestation du 25 mars réprimée par les forces de l'ordre (cf. Biélorussie : le régime s'entête dans son refus de l'ouverture), les organisateurs se sont félicités d'avoir pu une nouvelle fois rassembler une foule si importante. La satisfaction des organisateurs, au premier rang desquels le leader du Front Populaire Biélorusse Vintsuk Wiaczerka, résidait dans le spectaculaire rajeunissement de la moyenne des participants. Il y a quelques années encore, la jeunesse du pays semblait beaucoup plus résignée qu'aujourd'hui, les autorités ne manquaient d'ailleurs pas une occasion de souligner ce fait, établissant une comparaison de propagande entre une jeunesse encadrée et "patriote" et une opposition vieillissante et vendue à l'étranger.

Après le camp de tentes du printemps 2006, qui vaut toujours au leader du Front de la Jeunesse Zmicier Daszkiewicz d'être incarcéré (cf. L'Union Européenne tend la main à Loukachenko), la jeunesse du pays semble avoir repris toute sa place au sein du mouvement démocrate. Plutôt que de devoir montrer une foule si nombreuse, à la fois jeune et pacifique, la propagande gouvernementale a préféré passer sous silence l'événement, ce qui n'est pas surprenant. Autrement plus regrettable est l'attitude de la chaîne de télévision Euronews qui n'a pas fait état de cette manifestation dans ses différentes éditions. Ce qui faisait dire à un responsable démocrate désabusé que 10.000 opposants biélorusses pesaient médiatiquement moins lourd que les 400 manifestants anti-Poutine de la semaine précédente à Moscou : le Front Populaire Biélorusse devra t'il à son tour enrôler Garry Kasparov pour attirer les caméras européennes?

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
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Jeudi 26 avril 2007 4 26 /04 /Avr /2007 17:53

Le dernier avatar en date de l'épineux dossier de la seconde loi de lustration à la mode Kaczyński (cf. Pologne : la " lustration " passe à la vitesse supérieure) concerne une personnalité hautement symbolique et très respectée en dehors de ses frontières, ce qui donne d'ores et déjà à cet épisode un retentissement international. L'euro-député Bronisław Geremek, 75 ans, figure historique du syndicat Solidarność à l'époque de la lutte contre le régime communiste puis ministre à plusieurs reprises, vient de se voir notifier par les autorités de Varsovie la suspension de son mandat au parlement de Strasbourg. La faute invoquée est bien entendu le refus de l'intéressé de se soumettre à cette seconde lustration, d'autant plus qu'il avait déjà du faire une déclaration tout à fait similaire au moment de son élection en 2004.

Depuis l'annonce de cette sanction, l'indignation a été générale au parlement européen, tous les parlementaires (à l'exception notable mais peu surprenante des députés d'extrême-droite) unissant leurs voix pour exprimer leur solidarité envers leur collègue. Une commission juridique européenne doit d'ailleurs se réunir pour statuer sur la légalité de cette sanction : il est probable qu'en l'espèce, le gouvernement polonais ait outrepassé ses compétences, la suspension est donc loin d'être effective. Par son geste, le professeur Geremek a voulu protester contre la chasse aux sorcières menée dans son pays, quinze ans après la fin de la République Populaire.

Régulièrement montré du doigt pour son attitude sur la scène continentale, le gouvernement de Varsovie n'a rien à gagner à de nouvelles brouilles avec ses partenaires. Après la menace pesant sur les survivants des Brigades Internationales qui avaient combattu Franco pendant la guerre civile espagnole (cf. L'Espagne s'immisce dans le dossier de la "lustration"), c'est cette fois une personnalité très appréciée sur le continent qui est atteinte par les conséquences de la politique de lustration. Le professeur Geremek  représente parfaitement cette autre face de la Pologne, qu'a eu tendance à éclipser l'arrivée au pouvoir de Droit et Justice des jumeaux Kaczyński : une vision démocrate, tolérante et résolument engagée dans la construction européenne. L'Europe, et notamment la France avec laquelle l'ancien enseignant d'histoire a un lien affectif tout particulier, a tout intérêt à se mobiliser pour montrer qu'au delà de l'équipe dirigeante actuellement au pouvoir à Varsovie, la Pologne reste bien un membre à part entière de la grande famille continentale.

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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Jeudi 19 avril 2007 4 19 /04 /Avr /2007 16:03

L'annonce faite par Michel Platini mardi 18 avril en fin de matinée au sujet de l'organisation du futur Championnat d'Europe de football de 2012 a soulevé une grande vague d'euphorie en Pologne et en Ukraine. Les deux pays sont les premiers pays de l'ancienne Europe communiste à accéder à cette grande responsabilité, alors même qu'ils ne présentaient leur candidature que pour la première fois. Le résultat a déjoué tous les pronostics car l'Italie, nation majeure de ce sport, était également candidate à l'organisation de la compétition. Le président de l'UEFA a confié qu'il avait à titre personnel apporté sa voix à l'Italie, ce qui ne l'a pas empêché de se réjouir du choix incontestable (8 sur 12) des votants et salué le sérieux du dossier des vainqueurs.

Après l'irrésistible enthousiasme populaire qui a traversé les deux Etats slaves et qui s'est même traduit concrètement par une hausse spectaculaire de la Bourse de Varsovie (entre +10% et +30% sur la journée), les immenses responsabilités liées à l'événement vont certainement vite prendre le dessus. En effet, le Championnat d'Europe de football est considéré comme le troisième événement sportif de la planète, après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football. Le nombre de visiteurs et de téléspectateurs sera considérable, d'où un besoin impérieux de structures adaptées.

Les rencontres se dérouleront dans huit stades répartis dans les deux pays co-organisateurs. Pour les villes concernées, l'enjeu dépasse d'ores et déjà le simple cadre sportif tant le défi est immense : les retombées économiques (tourisme, investissements) seront considérables, le moindre bémol dans l'organisation serait très préjudiciable. Les secteurs tels que l'hôtellerie, la restauration, les transports, la sécurité, les infrastructures, les télécommunications ou le bâtiment sont concernés en première ligne. L'organisation de l'événement devrait entre autres permettre d'accélérer la mise en place de réseaux autoroutiers modernes, vaste chantier qui a pris beaucoup de retard depuis plusieurs années. Par exemple, les deux villes les plus éloignées parmi les huit heureuses élues sont Gdańsk au nord de la Pologne et Donetsk au sud de l'Ukraine, soit près de 2000 kilomètres : actuellement, il n'y a que 23 kilomètres d'autoroute sur ce parcours soit environ 1% ce qui est très insuffisant. Ce qui était déjà une priorité nationale en Pologne (on estime de 1 à 2% la croissance perdue chaque année depuis 1989 du seul fait de la vétusté du réseau) mais n'avait jamais été convenablement pris à bras-le-corps par les pouvoirs publics, devient une urgence et un défi qui devra être relevé sous l'œil implacable de l'opinion publique internationale.

Il s'agit désormais de se montrer à la hauteur de ce succès et donner tort aux quelques voix discordantes qui ont tenté de se faire entendre dès le lendemain de cette annonce. Les presses italienne et russe ont notamment multiplié les éditoriaux au vitriol, la première servant le couplet bien connu de la condescendance à l'égard des pays de l'Est, la seconde exprimant des doutes sur l'honnêteté du scrutin. Le journal Komsomolskaïa Pravda se distingue notamment en affirmant que la Pologne ne doit ce succès qu'à sa docilité envers les Etats-Unis (!) et son soutien à toutes les prises de position anti-russes de l'Union Européenne. Les rancuniers ne pourront s'empêcher de remarquer que les  instances du football n'ont encore jamais confié à la Russie l'organisation d'une compétition majeure mais ce type de propos outranciers ne suffit visiblement pas à doucher l'enthousiasme des Polonais et des Ukrainiens. La presse ukrainienne voit même dans cette désignation rien moins qu'une reconnaissance de l'indépendance du pays et un formidable coup de pouce à son développement économique. Tout un programme…

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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