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Jeudi 15 mars 2007

Le ministre de l’Education Nationale Roman Giertych, par ailleurs leader de la Ligue des Familles Polonaises (LPR, Liga Polskich Rodzin), située à l’extrême-droite du paysage politique national, a pris pour habitude d’utiliser fréquemment ses responsabilités ministérielles pour exposer ses opinions radicales au plus grand nombre (cf.L'avortement interdit par la Constitution?). Ainsi, en marge d’un sommet inter-ministériel européen il y a quelques jours, le politicien ultra-catholique s’est fendu d’un communiqué appelant l’ensemble des pays européens à se battre contre le droit à l’avortement et contre la "propagation de l’homosexualité".

Le Premier Ministre a dû une fois encore se justifier auprès de ses partenaires continentaux et des médias, de plus en plus excédés par ces dérapages à répétition. En fait de dérapage, il s’agit pour Roman Giertych de tester la solidité de la coalition que son petit parti forme avec le mouvement PiS (Droit et Justice, droite conservatrice) des frères Jarosław et Lech Kaczyński et la formation Samoobrona du populiste Andrzej Lepper (cf. Andrzej Lepper n’abdique toujours pas). En effet, la défection d’une ou de l’autre de ces formations turbulentes entraînerait à coup sûr l’organisation d’élections générales, un risque très important pour PiS, qu’une dérive progressive vers la radicalité a durablement coupé de toute autre alliance alternative avec des formations plus modérées.

Conscient de sa force et de la priorité que constitue pour les jumeaux Kaczyński le maintien au pouvoir à tout prix, le ministre de l’Education s’est permis d’exhiber devant un parterre de journalistes médusés sa lettre de démission, prête à être donnée au Premier Ministre à la prochaine réprimande. La voie est donc libre pour toutes les outrances verbales : un des principaux collaborateurs de Giertych, Mirosław Orzechowski a pu en toute impunité promettre que tout enseignant reconnu comme ayant des mœurs homosexuelles serait congédié sur-le-champ. Une entorse flagrante à la constitution du pays qui, comme dans tous les Etats de droit, interdit que soit exercée de discrimination envers les personnes.

Pour étayer ses propos, le vice-ministre a utilisé un argument fallacieux, volontiers mis en avant dans les rangs de sa formation politique : il considère qu’on ne peut pas laisser des homosexuels travailler avec des enfants sans faire courir un risque à ces derniers. Un amalgame soigneusement cultivé entre les termes "pédophile" et "pédéraste", ce dernier étant plus courant en polonais qu’en français. Pour toute réponse au enième tollé soulevé par ses alliés politiques (lire par ailleurs Giertych senior affiche ses lubies antisémites), le Premier Ministre s’est contenté de regretter que les propos de Mirosław Orzechowski aient pu être "exagérés" mais a souligné que l’Education Nationale n’avait pas pour vocation de promouvoir un "style de vie alternatif au modèle normal". Désaveu timide ou soutien à peine voilé ?

 

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Jeudi 8 mars 2007

Depuis quelques jours, un tract illustré de façon tout à fait inédite circule dans les rues de la capitale, invitant les habitants à se rendre le 25 mars sur la Place d’Octobre pour célébrer le Jour de l’Unité Biélorusse. Cette affiche, émanant évidemment de l’opposition mais dont l’initiateur reste pour l’heure dans l’anonymat, est chargée de symboles à plusieurs titres.

Tout d’abord, elle est rédigée en russe, ce qui est une grande première pour l’opposition, qui a toujours tenu jusqu’alors à s’exprimer uniquement en biélorusse, symbole éminent d’indépendance du pays et de résistance à la russification. Or, le russe est la langue la plus accessible pour une large majorité de citoyens du pays, notamment dans la capitale : l’idiome national a par contre une portée beaucoup plus restreinte. Sans rentrer dans les détails d’une situation sociolinguistique complexe, le biélorusse souffre d’une double connotation négative parmi la population. Elle est d’une part considérée comme une langue élitiste et raffinée, à l’orthographe et au vocabulaire plus authentiquement slave et moins perméable aux influences occidentales que le russe. Mais d’autre part, elle est dans sa version orale le moyen d’expression de la couche la moins éduquée des habitants d’origine paysanne : les Biélorusses d’origine modeste essayent généralement de s’en défaire pour des raisons de prestige. En choisissant le russe, l’opposition prend donc en compte la réalité du pays et s’adresse à un auditoire plus large.

Mais c’est surtout l’association des deux drapeaux du pays sur une même image qui est sans précédent : d’une part, le drapeau blanc-rouge-blanc de l’éphémère République Populaire de Biélorussie de 1918 et des premières années d’indépendance de 1991 à 1994 ; de l’autre, le drapeau rouge et vert de la période soviétique, redevenu officiel en 1994 au moment de l’accession au pouvoir de Loukachenko. En acceptant de faire cohabiter leur emblème fétiche (et officiellement interdit) avec les couleurs du régime actuel, les nationalistes font un pas important en direction des nostalgiques de l’URSS, qui sont très nombreux dans le pays.

Comme l’analyse très justement le politologue Aless Lagviniec, les auteurs de cette affiche ne peuvent pas être accusés de compromission avec le régime en place mais reconnaissent enfin que la période soviétique a toute sa place dans l’histoire du pays et qu’elle a aussi contribué à forger l’identité nationale. D’ailleurs, la grande majorité des intellectuels interrogés par le journal indépendant Nasha Niva à ce sujet ne semblent pas hostiles à cette initiative spectaculaire, qu’ils considèrent plutôt comme une suite logique à la lettre ouverte d’Alexandre Milinkevich au président Loukachenko. Tous ces politologues, philosophes ou artistes proches de l’opposition relèvent bien sûr l’antinomie apparente des emblèmes, mais expriment (avec plus ou moins d’enthousiasme) leur confiance dans cette démarche de rassemblement national.

Il est en revanche permis de s’interroger au sujet des douze étoiles sur fond bleu qui complètent le tableau. Dans cette période cruciale où l’indépendance du pays est directement menacée par le Kremlin, l’Europe ne jouera certainement qu’un rôle bien secondaire : jamais auparavant au cours de leur histoire tourmentée, les Biélorusses n’ont été aussi seuls pour affronter leur destin…

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Mercredi 7 mars 2007

Alors que son pays connaît des difficultés économiques majeures liées à la crise énergétique de décembre dernier avec la Russie (cf.Crise du gaz : Minsk jette l'éponge), le président biélorusse poursuit sa quête de partenariats à l'étranger. Après le Vénézuela d'Hugo Chavez et surtout l'Iran avec lequel un accord stratégique très important a été signé il y a quelques semaines (cf.L'alliance entre Minsk et Téhéran se renforce), c'est au tour des Emirats Arabes Unis de recevoir le dirigeant biélorusse. Alexandre Loukachenko n'en est pas, il convient de le rappeler, à sa première visite dans ce petit état richissime du Golfe Persique. Il y avait notamment effectué une longue visite officielle en 2000, concluant ce séjour par une surréaliste partie de polo avec des émirs locaux : un signe ostentatoire d'accession au cercle restreint des invités de marque du pays.

Cette fois, la visite officielle aura été moins fertile en photos emblématiques, mais s'est voulue riche en avancées économiques concrètes : Loukachenko s'est dit convaincu que ses hôtes allaient massivement injecter leurs pétro-dollars dans l'économie de la Biélorussie : en 2005, les Emirats avaient déjà investi plus de 26 millions de dollars. Les secteurs les plus attractifs pour les investisseurs sont bien entendu l'industrie lourde, comme l'emblématique fabrique de camions de Minsk, qui a déjà reçu une commande ferme de 8 engins de 55 tonnes (près de 400.000 dollars pièce) mais aussi certains secteurs compétitifs de haute technologie tels que l'optique médicale ou l'électronique de précision. Plus surprenant, les dirigeants locaux se sont également montrés intéressés par le secteur touristique : un projet hôtelier de grand luxe serait ainsi envisagé, offrant à des milliardaires arabes un vrai dépaysement, au coeur de la forêt vierge biélorusse. Comme le faisait remarquer avec humour un journaliste russe présent sur place, des gens capables de construire une piste de ski au milieu du désert (un fait authentique) peuvent faire des miracles dans un pays où tombe de la véritable neige...

 

A l'issue de cette visite de 2 jours, le président Loukachenko (qui recevra à son tour l'émir Muhammed ben Zaïd al-Nakhayan à Minsk avant le mois de mai) a annoncé triomphalement qu'il revenait au pays avec plus de 100 millions de dollars de promesses d'investissements. Dans cette perspective, les 4.000 $ déboursés pour les deux nuits passées dans une suite du prestigieux Emirates' Palace d'Abu Dhabi (repas non inclus, d'après la presse russe) semblent somme toute un placement assez raisonnable.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Lundi 5 mars 2007

La polémique qui est née il y a quelques semaines autour de la vallée de la Rospuda, dans le nord-est du pays à proximité de la Lituanie, a pris une tournure politique qui dépasse largement les seules frontières de la Pologne. Le gouvernement soutient en effet un projet de construction d’autoroute qui doit traverser cette vallée protégée, malgré l’avis défavorable de l’Union Européenne qui met en avant la question de la préservation de l’environnement. Ce bras-de-fer, qu’elle qu’en soit l’issue, aura nécessairement des retombées considérables pour le pays et ses relations de voisinage, tant le sujet est sensible et les décisions à venir lourdes de conséquences.

Le sujet est d’autant plus complexe que les autorités sont soutenues dans leur démarche par une majorité de riverains, et notamment d’habitants d’Augustów, excédés de voir leur ville traversée par un flux ininterrompu de poids lourds qui causent une dizaine d’accidents mortels par an. Le contournement de cette localité de 30.000 habitants est un des aspects de Via Baltica, un vaste projet autoroutier qui doit à terme relier Helsinki à Berlin, traversant les trois Etats Baltes et le Nord de la Pologne. Le prix environnemental à payer pour éviter ces drames de la circulation semble pourtant très lourd aux associations écologistes comme Greenpeace, qui ont organisé un campement de protestation dans la vallée.

La vallée de la Rospuda est un site protégé, considéré comme une des plus belles réserves naturelles d’Europe Centrale : on y trouve par exemple des espèces rares de lynx ou de hérons ainsi qu’une flore très riche. Le projet autoroutier entraînerait la destruction immédiate de 20.000 arbres et l’assèchement d’une grande partie des tourbières, ce qui serait certainement irréversible si l’on en croit les experts cités par l’Union Européenne.

Pour montrer sa volonté de concilier les aspects environnementaux et le développement économique, le gouvernement tient à rappeler que l’autoroute ne traversera pas la vallée au niveau du sol mais s’appuyera sur des piliers de grande hauteur, à la manière d’un viaduc. Cette nuance n’est pas convaincante pour les écologistes qui estiment que la seule construction de ces piliers déséquilibrerait définitivement l’éco-système de la vallée. Il y a quelques jours, le Premier Ministre a annoncé l’organisation d’un référendum sur le sujet : une bien curieuse façon de se débarrasser de ses responsabilités à un moment aussi crucial, quand se joue l’avenir d’un des derniers sanctuaires sauvages du Vieux Continent.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Jeudi 1 mars 2007

Le contexte actuel de forte poussée migratoire polonaise vers les Iles Britanniques ne présente pas nécessairement que des aspects positifs pour les populations concernées : escroqueries visant une population vulnérable (cf.Des candidats à l’émigration victimes d’escroquerie ) ou tensions avec les " autochtones " sont parfois à redouter. C’est pourquoi la récente initiative du quotidien écossais Northern Times est en tous points remarquables : ce journal vient de publier, après des mois de préparation, le premier mensuel à destination des immigrés polonais, baptisé " Gazeta z Highland ".

Ce supplément gratuit de 16 pages est rédigé à la fois en polonais et en anglais, le tirage prévu est de 20.000 exemplaires dans un premier temps. La volonté d’Alison Cameron, rédacteur en chef du quotidien, est à la fois de tendre la main à une population de travailleurs installés durablement dans le pays et de les accompagner dans leur intégration dans le tissu social local. A cet égard, la publication parallèle de tous les articles dans les deux langues a un but pédagogique évident. Les articles traitant de la vie quotidienne et d’informations pratiques (démarches administratives, manifestations culturelles, marché de l’emploi) seront même assortis de véritables cours d’anglais, rédigés par des enseignants.

La traduction des articles en polonais a été confiée à Joanna Napiórkowska, qui avant de s’installer à Inverness exerçait la profession de journaliste dans son pays d’origine. Enthousiasmée par le projet, elle estime comme son rédacteur en chef que cette initiative permettra également aux Ecossais de mieux connaître les nouveaux arrivants et de se rendre compte de leurs difficultés quotidiennes.

Alison Cameron a confié, au moment du lancement de ce nouveau mensuel, que l’idée lui était venue en discutant avec un de ses amis qui loue justement un appartement à des ouvriers polonais. Ces travailleurs lui semblaient freinés dans leur volonté de s’adapter au pays, à la fois par des difficultés linguistiques (les employeurs se contentant généralement des compétences techniques réputées des ouvriers polonais, sans se soucier de leur maîtrise de l’anglais) et par une certaine distance avec les Ecossais. Ce sont justement ces deux barrières que " Gazeta z Highland " se propose de combler, une initiative à encourager à l’heure où les craintes légitimes liées aux flux migratoires massifs pourraient quelque peu éroder l’hospitalité traditionnelle des Britanniques.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Mardi 27 février 2007

En visite récemment en Irlande, pays dont la prospérité actuelle attire comme on le sait de nombreux migrants en provenance de Pologne (cf. L'Irlande chaque année un peu plus polonaise), le président Lech Kaczyński a eu l’occasion au cours d’une conférence de presse de réaffirmer les positions idéologiques qui lui tiennent à cœur. Il n’a jamais fait mystère de son attachement à l’application de la peine de mort et l’a redit aux journalistes qui lui ont posé la question. Bien conscient de l’incompatibilité de cette position avec l’état actuel du droit communautaire (qui prime sur le droit des Etats membres), Lech Kaczyński estime que l’abolition généralisée n’est qu’une mode intellectuelle passagère : les sociétés reviendront tôt ou tard vers un principe plus conforme à une " morale publique " qu’il estime supérieure aux lois.

Reprenant à son compte la célèbre loi du talion (œil pour œil, dent pour dent), le président trouve injuste le déséquilibre entre une personne qui perdrait la vie et le responsable de cette mort qui aurait au contraire le droit de conserver la sienne. L’extrême maigreur de cette argumentation bien connue ne semble pas déranger outre mesure Lech Kaczyński qui n’a, reconnaissons lui ce mérite, jamais varié d’un iota sur la question. Cette opinion est d’ailleurs assez largement partagée en Pologne, et notamment dans l’électorat conservateur à qui le Président doit son accession au pouvoir.

Pour ce qui des autres sujets de société sur lesquels il est notoirement en décalage avec les autres dirigeants européens (et sur lesquels les journalistes prennent un malin plaisir à l’interroger), le président polonais ne brille toujours pas par sa cohérence. Ainsi, réfutant les récurrentes accusations d’homophobie à son encontre, il se justifie avec maladresse, quand dans le même temps, ses alliés de la LPR (Ligue des Familles, droite réactionnaire ultra-catholique) revendiquent cette hostilité aux homosexuels sans se soucier de sauver les apparences. Le Président affirme connaître personnellement des gens "touchés par ce type de différence" mais n’envisage pas pour autant de devoir les "faire soigner", belle marque d’ouverture d’esprit en effet!

Enfin, les discordances apparues il y a quelques mois au sujet de la future armée européenne entre les deux têtes de l’exécutif (cf.Schizophrénie à la tête de l'Etat) ne sont toujours pas résolues : pour obtenir une réponse auprès du Président, les journalistes sont priés de s’adresser au Premier Ministre et vice-versa. L’image du pays à l’étranger n’en est que plus brouillonne, mais cela ne semble pas un souci pour les jumeaux Kaczyński qui semblent plus intéressés par la conservation de leur pouvoir et leur politique intérieure d’épuration de l’Etat : la lustration avant tout...

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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