Vendredi 29 décembre 2006
Les négociations menées depuis quelques semaines (cf. Gazprom et le Kremlin veulent faire payer les Biélorusses) entre la Biélorussie et le groupe russe Gazprom (et donc indirectement avec le Kremlin qui contrôle le géant gazier) ne connaissent pas de répit et risquent chaque jour un peu plus de mener une bonne partie de l’Europe dans une
crise énergétique majeure. Jusqu’alors, la Biélorussie bénéficiait d’un tarif extrêmement favorable (46,68 $ pour 1000 m3) pour son approvisionnement en gaz, en échange de sa loyauté envers Moscou. Gazprom a décidé de remettre à niveau les prix à partir du 1er janvier prochain et a initialement annoncé une augmentation de 330% (!), portant le prix à 200 $ pour 1000 m3, ce qui correspond davantage aux tarifs pratiqués en Europe, mais constitue une charge phénoménale pour le budget biélorusse.
Actuellement, 20% du gaz à destination de l’Europe (et en particulier de l’Allemagne, de la Pologne et de l’Europe Centrale) transite par le gazoduc biélorusse géré par la société d’Etat Beltransgaz. Gazprom réclame 50% des actions de ce groupe en échange d’un effort tarifaire supplémentaire : les Russes sont prêts à baisser le prix jusqu’à 105 $ alors que le président Loukachenko refuse d’aller au delà de 75 $... sans céder de parts de Beltransgaz. La menace de voir le transit vers l’Europe ralentir est bien réelle, le gazier russe tente de rassurer ses clients mais met en garde contre les difficultés à venir prochainement.
Alors que cette crise n’est pas encore arrivée à son terme, on peut déjà se demander qui tire profit de cet épisode, sauf à considérer qu’il s’agit là d’un jeu perdant-perdant. Les observateurs européens sont assez partagés sur la question mais quelques constats s’imposent : l’heure est cruciale à la fois pour l’indépendance biélorusse, pour la pérennité du régime d’Alexandre Loukachenko et pour les relations Russie-Europe en général. Une chose est sûre, pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 1994, le président biélorusse est sur la même ligne politique que son opposition au sujet de l’indépendance vis-à-vis du grand frère russe. Le choix semble cornélien entre d’une part un renforcement définitif du régime si Gazprom renonce à ses prétentions et d’autre part une mise sous tutelle du pays si Loukachenko cède à la pression, ce qui pourrait entraîner à moyen terme un remplacement du président par un fantoche jugé plus fiable par le Kremlin.
Ces deux options ne sont pas satisfaisantes pour les Européens et notamment pas pour la Pologne, qui redoute plus que tout de voir la sphère d’influence russe s’étendre jusqu’à ses frontières. Plus que jamais, l’hypothèse d’une ouverture de négociations directes avec Alexandre Loukachenko (cf. Aleksandr Kwaśniewski veut relancer le dialogue avec Minsk) semble la plus réaliste, couleuvre certes bien amère à avaler, mais est-on prêt à assumer les conséquences d’un retour de flamme de l’impérialisme russe ?
Le projet a commencé à la mi-novembre par une lettre ouverte publiée par l'hebdomadaire Przekrój (Dość upokorzeń , "Assez d'humiliations") appelant les citoyens à se mobiliser pour défendre les droits des
femmes en Pologne. L'auteur à succès Manuela Gretkowska, à l'initiative du projet, a reçu plus de 3000 signatures (dont un quart d'hommes, ce qu'elle considère comme une proportion très encourageante), ce qui lui a permis de déposer les statuts de son nouveau parti auprès des instances compétentes. La formation, sobrement appelée Partia Kobiet (le Parti des Femmes) a donc désormais une existence légale et pourra présenter des candidats aux prochaines échéances électorales.
Manuela Gretkowska est une personne célèbre en Pologne et compte bien faire bénéficier son parti de sa notoriété et de son accès aux médias. Elle revendique la neutralité de sa formation, "entre une gauche qui a trahi la cause des femmes et une droite qui a une idée bien particulière de leur place dans la société". Les thèmes qui seront défendus seront apolitiques dans la mesure du possible, pour ratisser large parmi l'électorat féminin (53% de la population en âge de voter) qui est aussi un des plus abstentionnistes, faute d'identification suffisante. Le Parti des Femmes ne se présente donc pas comme un parti classique mais bien comme un groupe de pression assumé en tant que tel, cherchant à faire progresser ses combats à travers des majorités de gauche ou de droite, selon les circonstances.
Après le dernier scandale en date dans la majorité de droite (cf. Le scandale du "droit de cuissage" prend de l'ampleur), on imagine que la nouvelle formation se positionne davantage aux côtés de l'actuelle opposition. Toutefois, Mme Gretkowska tient à sa neutralité même si elle reconnaît dans la presse que cette dernière affaire n'a fait que la renforcer dans sa conviction que la cause des femmes polonaises devait plus que jamais être défendue. Partant du constat que la Pologne occupe la 108ème place du classement mondial de l'avancée de la cause féminine (derrière de nombreux pays d'Afrique), la porte-parole du Parti des Femmes avance quelques revendications pouvant trouver écho dans chaque camp. Elle évoque ainsi la réévaluation du droit à la retraite, qui date de l'époque communiste, et qui prévoit un départ anticipé de 5 ans pour les femmes mais à des conditions financières très défavorables.
Le problème des pensions alimentaires non versées (et contre lesquelles les femmes concernées n'ont que peu de recours efficaces), des aides insuffisantes à la réinsertion professionnelle post-maternité ou le droit à des examens médicaux gratuits tels que la détection des cancers du sein et du col de l'utérus sont en tête de l'ébauche de programme du nouveau parti. On peut remarquer, et c'est une volonté assumée de Manuela Gretkowska, qu'il n'est pas fait mention de l'avortement ( cf. L'avortement interdit par la Constitution? ) pas plus que du droit des lesbiennes dans les questions abordées par le Parti des Femmes. En effet, ce dernier se méfie de l'étiquette "féministe" qui risquerait de nuire à son image et saboterait toutes ses autres revendications dans une Pologne où (comme dans tous les pays) les mentalités n'évolueront pas d'un simple claquement de doigts...