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Dimanche 24 décembre 2006

On pourrait croire à une expression métaphorique, symbolisant l'identité chrétienne incontestable de la Pologne, au plus à une initiative délirante émanant de quelque groupuscule monarchiste en cette période de célébration de la Nativité. Mais il s'agit bien d'une proposition déposée le plus sérieusement du monde à la Diète polonaise (la chambre basse du Parlement) par un député du parti majoritaire Droit et Justice (PiS) il y a quelques jours. Artur Górski est soutenu par une quarantaine de députés dans son projet de couronner Jésus Roi de Pologne...

Les députés qui le suivent dans cette entreprise sont issus de PiS mais également de la Ligue des Familles (LPR, droite nationaliste ultra-catholique) et, chose plus surprenante, 4 d'entre eux sont issus de l'opposition. Le député Artur Górski s'était illustré au moment de la visite du pape Benoît XVI en mai dernier par un discours enflammé sur la "nécessité pour la nation polonaise de donner toute la place qu'il mérite au Roi des Rois". Aujourd'hui, c'est la mise en pratique de ce symbole que réclame le pieux représentant du peuple.

On se souvient qu'au moment du débat sur la Constitution Européenne au printemps 2005, des voix s'étaient élevées pour que le texte fasse mention des racines chrétiennes de la civilisation de notre continent. Cette idée, soutenue en particulier par la Pologne, avait trouvé écho dans de nombreux pays, et avait incontestablement un fondement historique. Elle n'avait d'ailleurs pas été rejetée sur le fond mais édulcorée par souci de respecter le principe de laïcité. Rien de tel pour la présente initiative où on assiste véritablement à une manifestation bigote qui met mal à l'aise une bonne partie des Polonais eux-mêmes (51% rejettent l'initiative, 33% seulement la soutiennent selon un sondage du quotidien Dziennik) et de l'épiscopat.

Le porte-parole des évèques du pays a déclaré se méfier de ce mélange des genres entre religion et politique, il y voit surtout la signature du redoutable lobby des fondamentalistes de Radio Maryja, qui sont en froid avec l'Eglise officielle et ne se cachent pas pour soutenir ouvertement le PiS qui renvoit l'ascenseur dès qu'une bonne occasion se présente. Par cette initiative, PiS espère peut-être redonner un peu de sens à une révolution morale qui est bien défraîchie depuis quelque temps avec l'accumulation des scandales ( cf. Le scandale du "droit de cuissage" prend de l'ampleur). Pour couper court à la polémique sur la récupération politique d'une identité chrétienne qui tient à coeur de très nombreux Polonais au delà des clivages, l'éditorialiste Jan Turnau propose avec humour une solution de bon sens dans cette affaire bien irrationnelle : et pourquoi ne pas demander son avis au principal intéressé?

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Samedi 23 décembre 2006

Le constat ne fait plus aucun doute : le début de l'année 2007 sera décisif non seulement pour l'avenir du régime biélorusse mais pour la survie même du pays. La confrontation de l'hiver dernier entre la Russie et l'Ukraine au sujet de l'approvisionnement en gaz est sur le point de se reproduire avec cette fois la Biélorussie dans le rôle de l'ex-vassal réticent aux visées "impérialistes" de Moscou. Les présidents Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko se sont rencontrés cette semaine au Kremlin à la demande expresse du second pour éviter d'aller à la confrontation.

L'enjeu est en effet de taille : le géant russe Gazprom, contrôlé par l'Etat, veut cesser d'accorder à la Biélorussie la généreuse ristourne qui lui est accordée depuis un accord passé il y a maintenant dix ans. Le voisin occidental de la Russie, considéré jusqu'à une date récente comme un allié sûr de Moscou, bénéficie du tarif intérieur de la Fédération, en échange de sa loyauté et de facilités douanières pour les produits russes. Si Gazprom met sa menace à exécution, l'Etat biélorusse vera sa facture multipliée par cinq au 1er janvier prochain!

Un marché a été proposé à Loukachenko : laisser Gazprom mettre la main sur les raffineries biélorusses et finaliser le sempiternel projet d'union douanière et monétaire russo-biélorusse pour continuer à bénéficier du tarif d'ami. Mais le maître de Minsk a montré encore une fois que son insoumission à l'égard du Kremlin n'était pas qu'un argument de tribune. Il a expliqué (comme il le fait très régulièrement dans les médias russes) que son pays ne serait à aucun prix incorporé à la Fédération de Russie et garderait son indépendance quelles qu'en soient les conséquences. Depuis toutes ces années, Loukachenko soutient haut et fort ce projet ubuesque d'Union des deux états slaves et le torpille en sous-main dans le même temps, en accusant ses "partenaires" de faire preuve de mauvaise volonté.

Ce projet a en fait toujours été un prétexte pour conserver ce fameux tarif préférentiel : en gardant son indépendance tout en faisant miroiter une intégration "dans un futur proche", il a toujours été dans une posture confortable, dénoncée de longue date par de nombreux responsables russes. Aujourd'hui le masque est tombé, Loukachenko a plus que jamais la survie de son pays entre ses mains, il doit le défendre face à l'expansionnisme russe déclaré. Au-delà du seul sort de la Biélorussie (qui hélas émeut très modérement l'Occident), la situation pourrait être difficile pour de nombreux pays occidentaux, alimentés en gaz russe par l'intermédiaire de Minsk. Plus de 20% du gaz russe à destination de l'Europe passe par la Biélorussie, Moscou aura certainement quelques hésitations avant de se froisser à nouveau avec ses partenaires, un an après l'épisode ukrainien.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Mercredi 20 décembre 2006

L'affaire fait les gros titres de la presse polonaise depuis le début du mois de décembre et pourrait changer la donne politique dans le pays à relativement court terme. Au centre du scandale, la formation politique Samoobrona (Auto-Défense) et son leader Andrzej Lepper (representé ci-contre en couverture de l'hebdomadaire Wprost du 10 décembre dernier) soupçonné d'avoir procuré du travail à (au moins) une de ses anciennes collaboratrices en échange de rapports intimes.

C'est le quotidien Gazeta Wyborcza (la Gazette Electorale) qui a révélé le scandale en publiant une interview d'Aneta Krawczyk, ex-conseillère locale de Samoobrona et proche collaboratrice d'un cadre du parti, Stanisław Łyżwiński, dans laquelle elle accuse à la fois ce dernier et Andrzej Lepper lui-même d'avoir usé de "droit de cuissage" à son encontre. Aneta K. (elle a été présentée ainsi pendant les premiers jours de l'affaire mais cet anonymat de pacotille a vite été balayé par l'ampleur de la vague médiatique) explique comment les deux politiciens lui ont proposé un emploi d'assistante parlementaire en précisant sans hypocrisie aucune la nature exacte de la contrepartie qu'ils attendaient en retour... Dans une situation matérielle difficile à l'époque (divorcée avec trois enfants à charge), Aneta K. a estimé n'avoir d'autre choix que d'accepter cette proposition et a vécu pendant plusieurs années dans ce schéma pervers de dépendance totale à l'égard de ses "mentors".

Depuis le début de l'affaire, Andrzej Lepper se démène pour se sortir de cette situation, fidèle à sa réputation d'animal politique tenace et capable de rendre les coups reçus. Mais cette fois, le leader populiste (arrivé troisième au dernier scrutin présidentiel devant le candidat de gauche) semble bien être à court d'idées pour empêcher le piège de se refermer sur lui. Sa principale argumentation est de ressortir le couplet bien connu (en Pologne comme sous bien d'autres latitudes) du complot des élites contre l'homme honnête issu du peuple et défendant les sans-grades. L'opposition chercherait à travers sa personne à déstabiliser le gouvernement et provoquer des élections anticipées.

Une stratégie de la dernière chance qui ne semble convaincre ni la justice qui multiplie les auditions et accumule les témoignages accablants pour les dirigeants de Samoobrona, Lepper en tête, ni l'opinion publique qui souhaite à une large majorité la fin d'une coalition qui multiplie les scandales depuis plusieurs mois. Après la révélation du passé néo-nazi de cadres de la Ligue des Familles, la corruption d'une députée devant les caméras de télévision, cette nouvelle affaire vient s'ajouter à une liste bien lourde pour une coalition qui gouverne le pays avec un seul mot d'ordre : la moralité publique!

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Vendredi 15 décembre 2006

Le long calvaire d'Alexandre Kazouline (54 jours de grève de la faim, cf. L'opposant Kazouline poursuit sa grève de la faim) aura finalement pris fin dans une relative discrétion, dans la prison de Minsk où l'opposant, candidat aux élections présidentielles de mars dernier, est détenu pour avoir organisé des manifestations non autorisées par le pouvoir. Depuis plusieurs semaines, des rumeurs alarmantes sur son état de santé circulaient parmi les quelques journalistes étrangers qui tiennent compagnie à l'épouse d'Alexandre Kazouline, Irina, aux abords de la prison. A 51 ans et dans les conditions de vie que l'on peut imaginer dans une geôle biélorusse, l'ex-recteur de l'Université d'Etat s'était lancé dans une entreprise particulièrement dangereuse.

Un de ses anciens compagnons de cellule, Sergueï Skriabiec, récemment remis en liberté a pu témoigner de l'état de santé de Kazouline et expliquer les difficultés qui allaient se faire jour dans cette phase de réalimentation. Etant lui aussi incarcéré pour des raisons politiques (Skriabiec a été le leader d'un petit groupe d'opposition nommé "République" dans le dernier Parlement pluraliste de Biélorussie), il a accompagné son voisin de cellule dans sa grève de la faim pendant 27 jours, jusqu'à sa sortie. Comme toute personne sous-alimentée pendant un temps prolongé, Alexandre Kazouline doit résister à la tentation de prendre trop vite un vrai repas consistant et se contenter de soupes légères et de jus de fruits : un retour brutal à un menu "normal" pourrait tout simplement le tuer.

Au-delà du soulagement suscité par ce "retour à la vie" (ce sont les mots employés par Kazouline au cours de la brève conversation téléphonique qu'il a eu avec sa femme en milieu de semaine), on peut se demander quel a pu être l'impact de cette protestation, pleine de panache et aussi de désespoir. La grève de la faim de l'opposant biélorusse a été peu médiatisée en Occident, en comparaison notamment avec la remise du prix Sakharov à son "confrère" Alexandre Milinkevitch. Elle a en revanche entraîné un vrai élan de sympathie dans les pays d'Europe Centrale, libérés de la tutelle soviétique depuis une quinzaine d'années seulement et qui semblent se mobiliser pour la cause de leur voisin moins chanceux.

Quelques jours avant l'annonce de la réalimentation d'Alexandre Kazouline, quatre prestigieux quotidiens (Gazeta Wyborcza en Pologne, Lidove Noviny en République Tchèque, Lietuvos Rytas en Lituanie et SME en Slovaquie) ont publié une lettre ouverte aux institutions européennes pour attirer l'attention sur le sort de la Biélorussie. Les pays de la Mitteleuropa emboîtent ainsi le pas de la Pologne, incontestable locomotive de la cause biélorusse en Europe depuis quelques années. A quand les pays de l'Ouest?

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Mercredi 13 décembre 2006

Le 13 décembre 1981, il y a tout juste un quart de siècle, le général Wojciech Jaruzelski déclarait l'état de guerre dans le pays, permettant à l'armée d'avoir les mains libres pour maîtriser la révolte qui grondait depuis plusieurs mois. Aujourd'hui encore, toute la lumière n'a pas été faite sur l'origine et le déroulement de ces moments sombres de l'histoire récente de la Pologne.

La thèse qui a longtemps prévalu (en Pologne comme en Occident d'ailleurs) peut se résumer ainsi : "de deux maux, il faut choisir le moindre". Selon les partisans de cette option, la loi martiale aurait évité une invasion soviétique imminente et donc un bain de sang prévisible. Le célèbre général aux lunettes fumées aurait donc sauvé son pays, endossant le rôle de première victime de circonstances qu'il ne maîtrisait pas. Lech Wałęsa s'est même fait le défenseur de son adversaire de l'époque (ce dernier a aujourd'hui 83 ans et vit dans une petite villa des environs de Varsovie), considérant que dans d'autres circonstances, Jaruzelski aurait pu être un grand homme de l'histoire de son pays...

Cette thèse n'est pas partagée par de nombreux historiens et journalistes qui soulignent qu'à la suite de l'ouverture des archives de l'ex-URSS, nous sommes aujourd'hui en mesure d'affirmer que les Soviétiques avaient renoncé à intervenir en Pologne, et ce dès le mois d'avril 1981, soit huit mois avant la déclaration de l'état de guerre. Informé rapidement de cette décision par ses alliés, le général leur aurait alors demandé (selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung dans son article du 13/12/2006) de continuer à menacer la Pologne en apparence , donnant ainsi le "prétexte" d'une reprise en main par l'armée.

La question divise aujourd'hui les Polonais, qui soutiennent (50% contre 33%) la décision de Wojciech Jaruzelski d'après un récent sondage publié par le quotidien Rzeczpospolita. Une majorité d'entre eux (86% des sympathisants de gauche mais aussi, ce qui est plus étonnant, 51% des électeurs de PiS, droite conservatrice au pouvoir) que la décision du général est "compréhensible" et "réaliste". Le président Lech Kaczyński n'est évidemment pas de cet avis, préférant présenter les événements de 1981 comme le début d'une lutte victorieuse pour la renaissance nationale.

Bien loin de ce débat et comme souvent en pareil cas, la jeunesse du pays semble décidée à se tourner vers l'avenir au détriment de la mémoire collective : un Polonais de moins de trente ans sur trois ne saurait dire se qui s'est passé ce fameux 13 décembre 1981...

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Dimanche 10 décembre 2006

Une douzaine de personnes de confession catholique étaient en grève de la faim depuis une semaine pour protester contre la lenteur des procédures administratives entourant la construction de leur future église à Grodno. (cf. Bras-de-fer entre les autorités et les catholiques de Grodno )

Ce moyen de protestation est habituellement utilisé par les opposants politiques et n'obtient en général comme unique réponse que le dédain des autorités voire la ré-alimentation par la force. (cf. L'opposant Kazouline poursuit sa grève de la faim) Cette fois, il semblerait au contraire que les fidèles rassemblés autour du père Szemiet soient en passe d'obtenir gain de cause, après une semaine d'action. Certes, le délai peut sembler anedoctique, il l'est beaucoup moins quend on sait que quelques-uns des paroissiens sont des personnes âgées, à l'exemple de leur aînée, Anna Jakubaszko, 79 ans. Cette dernière, très émue, a confié aux journalistes étrangers présents que son souhait le plus cher était désormais de vivre assez longtemps pour voir la fin des travaux...

La bonne nouvelle a été annoncée à l'évèque de Grodno, Mgr Aleksandr Kaszkiewicz par le premier adjoint au maire de la ville en personne. Elle prend la forme d'un "accord préliminaire" à l'édification d'un édifice religieux définitif sur le terrain que la communauté possède légalement, rappelons-le, depuis 1997. Il s'agit, comme toujours avec l'administration biélorusse, d'être prudents, car les décrets ou décisions se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Pourtant, tout semble indiquer que cette fois, les raisons d'être optimistes ne manquent pas. Outre le maire-adjoint de la ville, c'est le gouverneur régional Vladimir Sovtchenko qui a envoyé un courrier à Mgr Kaszkiewicz pour confirmer que la décision recevait également son soutien : les travaux devraient pouvoir débuter très prochainement.

Le père Szemiet a bien entendu demandé à ses fidèles de cesser la grève de la faim et appelé dans le même temps les catholiques de tout le pays, très mobilisés par cette affaire, à rester vigilants. Cette victoire, obtenue avec une rapidité étonnante est une grande première, tant le régime biélorusse est connue pour son intolérance à l'égard de toutes les confessions "concurrentes" de l'église orthodoxe, véritable religion officielle, qui cadre bien avec la politique pro-russe du président Loukachenko. Faut-il voir dans cet assouplissement spectaculaire (qui porte incontestablement la signature personnelle du chef de l'Etat) un signe d'ouverture envers la Pologne voisine, pourtant présentée officiellement comme "Ennemi Numéro Un" et semeur de troubles en Biélorussie? A l'approche d'une année 2007 cruciale pour la survie économique du pays qui sera bientôt soumis à une forte augmentation du prix du gaz russe, il est plus que probable que Minsk cherche (discrètement) à dialoguer avec son voisin occidental pour trouver une porte de sortie honorable à des années de tension.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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