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Samedi 9 décembre 2006

Officiellement "retiré" de la politique depuis les élections présidentielles de l'automne dernier, l'ex-président Aleksandr Kwaśniewski reste néanmoins toujours très présent, dans une confortable position d'arbitre que la Constitution lui a imposé en limitant le nombre de mandats à deux. Cette restriction constitutionnelle a permis à l'ex-Secrétaire à la Jeunesse et aux Sports du temps de la République Populaire de réussir sa sortie, sans avoir à affronter les électeurs une troisième fois. La vague conservatrice qui a porté au second tour deux candidats de droite et laminé la gauche a ainsi épargné la popularité de l'ex-président.

Il y a quelques semaines, le regain de vitalité des partis de gauche aux élections municipales (cf. La gauche polonaise tourne la page communiste?) a rejailli sur son prestige personnel, car il a constamment joué les facilitateurs dans les négociations et les alliances : les sondages le plébiscitent aujourd'hui pour prendre la tête de cette nouvelle force politique. Même la victoire de la libérale Hanna Gronkiewicz-Waltz à la mairie de Varsovie  (cf. Madame le Maire aux commandes à Varsovie) porterait un peu sa marque si on considère que dans un scrutin très serré, la moindre petite phrase de soutien peut faire basculer un résultat...

C'est toutefois sur le plan international que (qui a eu 52 ans en novembre) veut peser de tout son poids, comme au moment de la "révolution ukrainienne" en 2004 qui est considérée comme sa plus grande réussite diplomatique, affirmant l'influence majeure que pourrait retrouver son pays en Europe Orientale. Après l'Ukraine, c'est la Biélorussie qu'Aleksandr Kwaśniewski veut arrimer à l'Europe par l'intermédiaire de la Pologne. Mais pour ce faire, le chemin officiel choisi par les institutions européennes ne lui semble pas satisfaisant (cf. L'Union Européenne tend la main à Loukachenko ) car elle impliquerait un assouplissement du régime en place, ce qui semble improbable.

Considérant que le régime biélorusse est dans une phase très délicate à cause du refroidissement de ses relations avec le Kremlin, l'ancien président polonais ne veut pas risquer de braquer encore plus Alexandre Loukachenko par ce qui pourrait être pris pour des pressions (pour l'instant, les autorités biélorusses font plutôt mine d'ignorer les propositions européennes). Au contraire, Aleksandr Kwaśniewski souhaite que les Européens invitent le maître de Minsk à s'asseoir à une table de négociations pour réfléchir en commun à l'avenir du continent. Son argumentation prend en compte les discussions effectivement entamées avec des pays tels que l'Iran, la Syrie (demain la Corée du Nord?), qui ne sont pas des partenaires plus fréquentables que la Biélorussie. L'année 2007 sera cruciale pour l'avenir de la Biélorussie, qui aura certainement les pires difficultés à surmonter l'augmentation prévue du gaz russe. Dans ces conditions, les Européens doivent faire un choix : poursuivre dans la voie de l'isolement de Loukachenko ou suivre l'intuition d'Aleksandr Kwaśniewski et faire revenir le "dernier dictateur d'Europe" dans le cercle européen, bon gré, mal gré.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie/Pologne
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Dimanche 3 décembre 2006

C'est dans la province de Grodno, à l'ouest de la Biélorussie, que vit la plus grande partie de la minorité polonaise du pays. Les identités nationale et religieuse sont très entremêlées dans ces régions, on peut considérer que ce groupe coïncide en général avec la communauté catholique et inversement, même si cela mériterait quelques nuances. Les autorités locales ne s'embarrassent apparemment pas de ce genre de nuances tant elles semblent considérer comme suspecte d'être un véritable "ennemi de l'intérieur" toute personne connue comme catholique ou comme polonaise. (cf. La minorité polonaise prise pour cible par le régime)

Le dernier épisode malheureux de cette politique d'intolérance religieuse se déroule depuis plusieurs jours à Grodno (en photo, la cathédrale Saint François, principal lieu de culte catholique de la ville) où une communauté attend depuis dix ans les autorisations pour pouvoir construire une église. Cette communauté (enregistrée légalement auprès des pouvoirs publics depuis 1997 sous le nom de paroisse Notre-Dame du Sacré-Cœur de Grodno) compte environ 6000 fidèles et ne dispose que d'une chapelle provisoire depuis toutes ces années, alors qu'elle possède un terrain constructible adapté au projet. Le père Aleksander Szemiet qui dirige la paroisse a multiplié les démarches qui se heurtent soit à la mauvaise volonté soit à l'arrogance des fonctionnaires biélorusses à tous les niveaux de l'administration. 

Les choses sont rendues particulièrement compliquées par un décret de mai 2005 selon lequel toute construction d'édifice religieux dans un chef-lieu de région (c'est précisément le cas de la ville de Grodno) doit être soumise à l'approbation... du chef de l'Etat en personne! Dans ces conditions, il apparaît difficile que le gouverneur régional Vladimir Sovtchenko accepte de se rendre à Minsk pour aller y plaider la cause de ses administrés catholiques...

En dernier recours, à la manière des opposants politiques (cf. L'opposant Kazouline poursuit sa grève de la faim), le père Szemiet a décidé d'entamer une grève de la faim avec 11 de ses fidèles, âgés de 39 à 79 ans. Cette décision a été prise après la dernière entrevue avec les dirigeants régionaux qui n'a pas donné de résultat concret, une fois de plus. Seuls les services de renseignements biélorusses ont tiré profit de cette rencontre, qui leur a donné l'occasion de filmer minutieusement la petite centaine de fidèles venus manifester leur soutien devant le bâtiment officiel.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Samedi 2 décembre 2006

La nouvelle a été révélée en milieu de semaine par la principale agence de presse polonaise, PAP. Un citoyen biélorusse surveillé de longue date tant par les services secrets lituaniens que par leurs homologues polonais a été interpellé à l'initiative des premiers, dans la plus grande discrétion. Le Procureur Général de Pologne, Janusz Kaczmarek se trouvait justement en Lituanie au même moment, officiellement pour dénouer un problème de circulation de poids lourds polonais bloqués à la frontière entre la Lituanie et la Lettonie. Ses collaborateurs ont par la suite reconnu que l'arrestation du citoyen biélorusse soupçonné d'espionnage était bien la raison principale du déplacement de ce haut fonctionnaire polonais, qui se félicite de l'excellente collaboration entre ses services et leurs homologues baltes.

Les autorités lituaniennes ont considéré que le Biélorusse (dont l'identité n'a pas été publiée, pas plus que son lieu de détention) agissait principalement dans l'intention de nuire aux intérêts polonais, depuis leur territoire mais également depuis l'enclave russe de Kaliningrad, où il fait de fréquents séjours et où il rencontrerait des personnes également surveillées de près par les services de renseignements des pays voisins. L'activité de l'espion présumé se serait intensifiée à l'approche du récent sommet de l'OTAN qui s'est déroulé pour la première fois dans la capitale lettone, Riga. Les délégués polonais auraient été particulièrement "visés" ainsi que d'autres représentants, notamment baltes.

Pour l'heure, il n'est pas établi que cette personne soit directement liée au régime d'Alexandre Loukachenko, qui ne fait aucun commentaire sur l'affaire (en illustration, le siège du KGB biélorusse sur la principale avenue de la capitale). Il n'en est pas moins notoire que les relations entre Minsk et Varsovie sont exécrables depuis de nombreuses années, notamment depuis la "révolution orange" d'Ukraine, qui avait été ostensiblement soutenue par le président polonais Kwaśniewski. Cette volonté affichée par la Pologne de faire sauter les derniers vestiges soviétiques dans son voisinage oriental (les "confins" historiques du pays avant 1939) est considérée par la Biélorussie comme une véritable ingérence à caractère quasiment colonialiste. Les Polonais sont de plus membres actifs de l'OTAN, ce qui aiguise l'hostilité du régime biélorusse à leur égard. La présente arrestation, s'il est confirmé qu'elle implique directement le pouvoir de MInsk risque en tout cas de ne pas apaiser les tensions.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie/Pologne
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Vendredi 1 décembre 2006

Le leader de l'opposition biélorusse unifiée Alexandre Milinkevitch (en photo ci-contre avec un admirateur français) a été interpellé mercredi 29 novembre à l'aéroport de Minsk dès sa descente d'avion. Il revenait de Riga où se tenait pendant plusieurs jours le sommet de l'OTAN et y a rencontré de nombreux dirigeants occidentaux, en particulier George Bush, et des ministres russes. Les forces de l'ordre lui reprochent d'avoir voyagé avec un passeport non valide et vont prochainement le faire comparaître devant un tribunal de Minsk. Alexandre Milinkevitch s'est vu décerner le prestigieux prix Sakharov 2006 par le Parlement Européen qui doit le lui remettre en grandes pompes le 12 décembre prochain. Malheureuse coïncidence bien entendu que cette interpellation du désormais célèbre opposant, empêché à coup sûr de se rendre à l'étranger à temps pour recevoir son prix...

Il semble pourtant (c'est en tout cas ce que rapporte le quotidien polonais Życie Warszawy, média peu suspect de complaisance avec le régime biélorusse) que les faits reprochés à Alexandre Milinkevitch soient tout ce qu'il y a de plus avérés. D'après un de ses plus proches collaborateurs, Pavel Majeïka, le politicien a effectivement fait une erreur et a voyagé avec le passeport de son fils qui se prénomme... Alexandre, lui aussi. A l'aller, les douaniers lettons ne se sont pas aperçus de la confusion, ce qui n'est pas le cas de leurs homologues biélorusses dont la réputation de rigueur est connue de tous ceux qui ont eu l'occasion de passer une frontière de ce pays. Cette étourderie est en tout cas une excellente occasion offerte aux autorités pour retenir au pays une personnalité qui dérange par son exposition médiatique internationale qui ne se dément pas depuis le scrutin présidentiel de mars dernier. D'après le code pénal en vigueur, Alexandre Milinkevitch risque une condamnation pouvant aller jusqu'à deux mois de travaux d'intérêt général.

Rappelons qu'en avril dernier, l'opposant avait passé deux semaines en prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée par le Ministère de l'Intérieur, ce qui l'avait empêché de prendre part à la manifestation commémorative de la catastrophe de Tchernobyl. Depuis cette date, les autorités restent prudentes à son égard, préférant l'ignorer ou le mépriser (Milinkevitch est un anonyme pour une majorité de Biélorusses car son visage n'apparaît absolument jamais à la télévision). Le régime pourrait même prétexter de l'obtention du prix Sakharov pour présenter la principale alternative crédible au président Loukachenko comme une marionnette de l'Union Européenne et des Etats-Unis. Les euro-députés qui craignaient que ce prix ne devienne un cadeau empoisonné pour l'opposition biélorusse auraient-ils eu le nez creux?

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Mercredi 29 novembre 2006

Il s'agit sans conteste de la plus grande contre-performance de Droit et Justice (PiS) depuis la prise de pouvoir par le parti des jumeaux Kaczyński à l'automne 2005. Sur le plan politique mais aussi symbolique, le coup est rude et sonne comme un avertissement cinglant : les habitants de la capitale ont choisi Hanna Gronkiewicz-Waltz (photo ci-contre avec à ses côtés le leader de PO, Donald Tusk, candidat malheureux au dernier scrutin présidentiel) pour diriger leur ville au détriment de l'ancien Premier Ministre Kazimierz Marcinkiewicz (53% contre 47%). Malgré sa popularité (qui lui avait d'ailleurs coûté son poste de chef du gouvernement en juillet dernier) et l'implantation de PiS dans la capitale (le dernier maire élu n'était autre que l'actuel Président de la république), ce dernier n'a pas su prolonger son actuel intérim et doit laisser son fauteil à sa rivale.

La candidate victorieuse a incontestablement bénéficié d'un très bon report de voix de la gauche unifiée, alors même qu'aucun accord électoral n'avait été passé entre son parti, la Plateforme Civique (PO) et Marek Borowski, arrivé troisième au premier tour. Pas de consigne de vote certes, mais une petite phrase innocemment lancée par le toujours très influent Aleksandr Kwaśniewski, Président de la République de 1995 à 2005 : "à titre personnel, je voterai pour Mme Gronkiewicz" laisse à penser que le réflexe anti-PiS aura eu raison de tous les clivages traditionnels. Les deux pôles de l'opposition (gauche et droite libérale) ont au moins un adversaire clairement identifié, ce qui est déjà un point commun.

Pour la première fois de son histoire mouvementée, Varsovie sera donc prochainement gérée par une femme, de surcroît connue pour un positionnement clairement libéral : après avoir été défaite au premier tour de la présidentielle de 1995 (2,76% des voix), Hanna Gronkiewicz-Waltz a été Présidente de la Banque Centrale Polonaise puis Vice-Présidente de la Banque Européenne pour la Recherche et le Développement (BERD). La capitale polonaise prend ainsi doublement le contre-pied des clichés et se montre plus alignée sur une réalité politique que l'on connaît ailleurs en Europe que véritablement proche de ce qui se passe dans le reste du pays.

Le contraste entre des grandes villes acquises aux libéraux de PO et les campagnes séduites par les conservateurs de PiS se trouve encore accentué par cette victoire spectaculaire. Pourtant, les Polonais sont plus que jamais friands de consensus et semblent préférer une remise à l'ordre du jour de la coalition entre ces deux droites (ce qui a été pratiqué au niveau local dans de nombreuses régions pendant ces élections) à la sulfureuse coalition que PiS a monté avec la Ligue des Familles (LPR) et Auto-Défense. Après cet avertissement dans les urnes, le Premier Ministre se trouve devant un choix politique qui sera lourd de conséquences pour son avenir et celui de sa formation toute entière. Les rumeurs qui font état d'un éventuel retour de Kazimierz Marcinkiewicz au gouvernement pourrait être le premier signe fort adressé à la fois à la population qui l'apprécie, et aux libéraux dont il est réputé assez proche.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Samedi 25 novembre 2006

Les résultats du sondage de l'institut CBOS (http://www.cbos.pl/) publié la semaine dernière dans la presse polonaise ne laisse pas de place à l'ambiguïté. Deux ans après l'entrée de leur pays dans l'Union Européenne, les Polonais se déclarent satisfaits de cette adhésion à une majorité écrasante de 88%, les adversaires déclarés de cette adhésion ne sont plus aujourd'hui que 6%. L'engouement est tel qu'il submerge même les formations politiques très nettement marquées par leur position anti-européenne, telles que la Ligue des Familles (LPR, droite ultra-catholique) dont les sympathisants se déclarent désormais à 69% satisfaits de la présence de leur pays dans l'UE. Moins surprenant est l'engouement de l'électorat du parti majoritaire Droit et Justice (PiS, droite conservatrice) et de l'opposition de centre-droit (PO, libéral), respectivement 87 et 98%.

Le sociologue Jacek Kucharczyk de l'Institut d'Etudes Publiques polonais considère que l'ampleur de cet engouement a deux origines principales : une liée à l'actualité récente, l'autre plus profonde. La première de ces origines est à chercher dans les toutes récentes échéances électorales (municipales et régionales) qui ont vu en particulier des débats sur l'utilisation qui devait être faite des subventions européennes. Les protagonistes n'ont pas remis en cause l'appartenance ou non du pays à l'Union mais ont présenté leur propre vision des chantiers à mener, dans le cadre de cette Union. Dans ces conditions, les électeurs se sont vu présenter le fait européen à la fois comme une donnée allant de soi et comme une source concrète d'enrichissement de leur pays, qui plus est au niveau local. En décidant de distribuer ses subventions au niveau régional, l'Europe est incontestablement allé dans le sens de la proximité avec la population polonaise qui perçoit la réalité de son apport au quotidien (réfection de route nationale, construction de piscine municipale, modernisation de système d'irrigation agricole...).

Pour le sociologue, ce sont les subventions déjà effectivement perçues (essentiellement dans les campagnes) qui ont complété cette quasi-unanimité. Depuis deux ans, les aides communautaires à destination de l'agriculture polonaise se chiffrent d'ores et déjà en dizaines de millions d'euros. Les exploitations étant en général très réduites en taille par rapport à ce qui se pratique en Europe de l'Ouest, le nombre de personnes ayant ressenti l'effet européen dans leur vie de tous les jours s'en trouve d'autant plus important.

Les Polonais (on ne saurait leur reprocher) se montrent donc avant tout pragmatiques et intéressés à ce qui peut améliorer leur quotidien, sans se soucier d'étiquette politique ou de discours idéologique. On perçoit mieux sous cet angle le recul spectaculaire du principal parti eurosceptique, la LPR (cf. L'extrême droite humiliée à Varsovie) qui a vu ses principes idéologiques se confronter à la réalité d'une population qui ne se contente pas de promesses abstraites. A l'heure où leur pays est perçu comme un électron libre voire comme un élement incontrôlable au sein de la communauté (position atlantiste décomplexée, frictions à répétition avec l'Allemagne depuis l'arrivée des Kaczyński au pouvoir, veto sur les négociations avec la Russie...), les Polonais donnent la meilleure des réponses en soutenant avec ferveur l'aventure européenne. Ils adressent aussi un message indirect aux instances dites "de Bruxelles" en leur prouvant que l'adhésion des populations à l'idéal commun est possible mais ne peut se faire que par des avancées concrètes, perceptibles par tous.

 

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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