Lundi 6 novembre 2006
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Depuis la reconstitution de la coalition droitière au pouvoir il y a quelques semaines sur laquelle il a eu de l'avis général une influence prépondérante,
le ministre de l'Education se sent pousser des ailes. Roman Giertych, qui est également le leader de l'ultra-catholique Ligue des Familles Polonaises, multiplie les initiatives musclées et occupe la scène médiatique par ses prises de position.
Loin des tâtonnements et de la maladresse de ses débuts au gouvernement, il surfe allègrement sur la vague réactionnaire actuelle et récupère les idées de sa mouvance politique, confisquées jusqu'alors par PiS, le parti des jumeaux Kaczyński, passés maîtres dans l'art de phagocyter leurs alliés politiques... Profitant également de l'éclipse médiatique toute relative du charismatique trublion Andrzej Lepper, leader populiste du parti paysan Auto-Défense qui lui doit son retour au Ministère de l'Agriculture, Giertych veut se poser en locomotive idéologique de la droite polonaise.
Et pour ce faire, quelle meilleure tribune que ce ministère de l'Education où il a montré sa capacité de résistance, bousculé depuis des mois par une opposition interne qui ne faiblit pas. Interrogé récemment par des enseignants sur les solutions à apporter à l'actuelle vague de violence dans les écoles, le leader ultra-catholique s'est placé sur le terrain de la répression, de l'autorité rigoureuse et de la discipline.
Répondant à un ecclésiastique qui prônait au contraire amour et écoute pour les jeunes égarés dans la violence, le ministre a martelé son mot d'ordre, "Tolérance Zéro", déniant aux élèves le droit de contester les adultes en quoi que ce soit. "Je n'imagine pas que la démocratie ait sa place à l'école. Les soldats ne décident pas de la façon de mener la bataille et à l'hôpital, ce ne sont pas les patients qui décident de s'opérer les uns les autres. Les enfants ne sont pas pleinement conscients de leurs droits, donc la démocratie n'est pas pour eux, elle appartient aux individus réellement conscients".
Assorti d'une série de propositions d'ordre notamment vestimentaires (interdiction des mini-jupes au dessus du genou, des piercings, des nombrils découverts, obligation d'avoir des coiffures traditionnelles...), le plan Tolérance Zéro reçoit l'assentiment d'une partie importante de l'électorat catholique conservateur, prépondérant en Pologne. Toutefois, la tentation pour le jeune et fougueux ministre d'aller plus vite que la musique pour profiter de l'état de l'opinion publique traumatisée par les drames récents (en particulier la mort atroce de la jeune Ania, 14 ans violée puis tuée dans un collège de Gdansk) pourrait lui attirer la méfiance des jumeaux Kaczyński qui ont un besoin vital des électeurs que séduit ce discours radical. A quand le dérapage qui verra un retournement de l'opinion?