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Jeudi 9 novembre 2006

Après avoir participé ensemble au grand sommet anti-américain organisé par Fidel Castro à la mi-septembre, les présidents iranien et biélorusse continuent sur la voie de la coopération et de l'amitié entre les deux régimes. Alexandre Loukachenko s'est rendu en visite officielle en Iran à l'invitation de son "grand ami" Mahmoud Ahmadinejad. Encouragé par ses récents succès diplomatiques auprès notamment de Cuba et du Vénézuela d'Hugo Chavez, le président biélorusse est arrivé dimanche 5 novembre à Téhéran. Il annonce d'emblée la tonalité amicale de sa visite et sa volonté de collaborer dans tous les domaines avec l'Iran, y compris le domaine militaire. Selon lui, rien ne justifie que le pays de son hôte n'ait pas accès à la bombe atomique, alors même que l'Inde, le Pakistan ou la Corée du Nord possèdent notoirement cette technologie.

Les deux dirigeants ont annoncé vouloir porter le volume annuel de leurs échanges à la hauteur d'un milliard de dollars. Le chiffre avancé est particulièrement ambitieux, en comparaison du chiffre actuel de 38 millions de dollars annuels. L'industrie biélorusse devrait ainsi implanter prochainement en Iran une chaîne de montage de ses célèbres tracteurs, fleuron de l'industrie soviétique toujours très actif dans le pays. Dans le même temps, les Iraniens vont développer la production de leurs automobiles de tourisme "Samand" en territoire biélorusse (48 véhicules produits depuis le début de l'année).

Même si le développement de cette coopération industrielle tient apparemment à coeur aux deux dirigeants, il ne suffira pas à multiplier par 30 (!) les échanges irano-biélorusses, loin s'en faut. C'est bien dans le domaine militaire que va se situer l'essentiel du commerce. Les Iraniens ont un besoin vital d'accéder notamment à la technologie russe de missiles air-sol en ces temps de bras-de-fer avec le "Grand Satan" américain. Or, les autorités biélorusses ont accès à cette technologie et ne sont pas privés dans le passé de revendre des armes à des pays hostiles aux Etats-Unis (Irak, Vietnam...), évitant par cet intermédiaire de compromettre directement le grand frère russe avec des interlocuteurs peu recommandables...

Loukachenko, toujours aussi ostracisé en Occident et de plus en plus en froid avec Vladimir Poutine, cherche à s'assurer le maximum de soutien dans ce qui constituait jadis le camp des "non-alignés", jouant ainsi une carte risquée au cas où les Russes le lâcheraient définitivement pour ne pas froisser ses partenaires notamment américains. Le jour où il perdra l'accès à la technologie militaire russe, on peut se demander si l'autocrate biélorusse gardera le même intérêt chez ses "grands amis" Ahmadinejad ou Chavez. En attendant, comme le souligne fort justement Nezavissimaïa Gazeta, la constitution pas-à-pas de ce club anti-américain renforce considérablement l'indépendance réelle de la Biélorussie vis-à-vis du Kremlin. Méfions-nous bien en Occident de sous-estimer l'homme fort de Minsk qui est plus complexe (et fin stratège) que nous serions tentés de le penser au vu de ses méthodes brutales et de ses déclarations ubuesques...

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Mardi 7 novembre 2006

On pouvait au moins attendre de la présence des jumeaux Kaczyński à la tête de l'Etat polonais une certaine cohérence dans le discours officiel. Difficile en effet d'imaginer relation plus étroite entre deux dirigeants politiques qui peuvent s'exprimer l'un au nom de l'autre avec une légitimité certaine et bien comprise de leurs interlocuteurs. Pourtant, les deux dirigeants viennent de donner un regrettable exemple de manque de cohérence au sujet de la politique de défense de l'Union Européenne. Dans un récent entretien accordé au Financial Times, le Président polonais a confié que l'idée d'une armée européenne faisait son chemin en Europe, idée soutenue entre autres par son frère lors de sa visite officielle à Berlin. Ces propos sont de source fiable d'autant plus que l'intervieweur du "FT" a pris le soin de préciser que toutes les autorisations de publication avaient été données par la Présidence.

Lech Kaczyński évoque dans l'article le projet de création de ce corps d'armée permettant de mettre plus rapidement à disposition de l'Union Européenne un contingent de 25 à 30.000 hommes pour des missions extérieures, sous l'égide de l'OTAN. Le nombre des soldats de ce corps est chiffré par le Président polonais à 80-100.000 hommes au total. A la question de savoir avec qui son frère avait mené les discussions sur ce sujet, le président a évoqué des entretiens avec Angela Merkel et Jose Manuel Barroso.

Or, de l'aveu même de Jarosław (le Premier ministre) précédé de son collaborateur Jan Dziedziczak, ce thème n'aurait pas été abordé lors des conversations! Ceci contredit non seulement les propos du président mais aussi ceux de Rüdiger Petz, porte-parole de la chancellerie allemande, qui avait lui aussi confirmé l'information. D'un point de vue purement politicien, l'information aurait pu coûter cher aux jumeaux dont la base électorale est largement euro-sceptique et aurait vu d'un mauvais oeil ce nouveau sacrifice de souveraineté nationale. Au moment où l'opposition a le vent en poupe et où l'omniprésence médiatique de Roman Giertych (cf. http://bazar-slave.over-blog.com/article-4450304.html) pourrait commencer à réduire l'assise électorale de PiS (le parti des jumeaux), mieux vaut se mettre encore un peu plus en difficulté vis-à-vis des partenaires européens que risquer de perdre des voix dans le pays ; c'est en tout cas le calcul politique retenu par les Kaczyński, l'information démentie par le Premier ministre a été suivie d'un nouveau démenti du Président, affirmant que ses propos avaient été déformés, comme d'habitude pourrait-on dire...

En conséquence, l'opposition se régale et parle de "schizophrénie" à la tête de l'Etat et souligne que le projet mériterait d'aller plus loin et de se détacher de la tutelle américaine, faute de quoi il serait rejeté par la France et les pays neutres et n'aurait plus de sens. De son côté, l'OTAN fait savoir que la proposition d'une force militaire européenne "indépendante" est inacceptable pour l'Organisation. Les jumeaux ont une nouvelle fois réussi à obtenir un joli consensus diplomatique... en leur défaveur, réussissant à mécontenter tous les partenaires, par une prise de position comme par son contraire!

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Lundi 6 novembre 2006

Depuis la reconstitution de la coalition droitière au pouvoir il y a quelques semaines sur laquelle il a eu de l'avis général une influence prépondérante, le ministre de l'Education se sent pousser des ailes. Roman Giertych, qui est également le leader de l'ultra-catholique Ligue des Familles Polonaises, multiplie les initiatives musclées et occupe la scène médiatique par ses prises de position. 

Loin des tâtonnements et de la maladresse de ses débuts au gouvernement, il surfe allègrement sur la vague réactionnaire actuelle et récupère les idées de sa mouvance politique, confisquées jusqu'alors par PiS, le parti des jumeaux Kaczyński, passés maîtres dans l'art de phagocyter leurs alliés politiques... Profitant également de l'éclipse médiatique toute relative du charismatique trublion Andrzej Lepper, leader populiste du parti paysan Auto-Défense qui lui doit son retour au Ministère de l'Agriculture, Giertych veut se poser en locomotive idéologique de la droite polonaise.

Et pour ce faire, quelle meilleure tribune que ce ministère de l'Education où il a montré sa capacité de résistance, bousculé depuis des mois par une opposition interne qui ne faiblit pas. Interrogé récemment par des enseignants sur les solutions à apporter à l'actuelle vague de violence dans les écoles, le leader ultra-catholique s'est placé sur le terrain de la répression, de l'autorité rigoureuse et de la discipline.

Répondant à un ecclésiastique qui prônait au contraire amour et écoute pour les jeunes égarés dans la violence, le ministre a martelé son mot d'ordre, "Tolérance Zéro", déniant aux élèves le droit de contester les adultes en quoi que ce soit. "Je n'imagine pas que la démocratie ait sa place à l'école. Les soldats ne décident pas de la façon de mener la bataille et à l'hôpital, ce ne sont pas les patients qui décident de s'opérer les uns les autres. Les enfants ne sont pas pleinement conscients de leurs droits, donc la démocratie n'est pas pour eux, elle appartient aux individus réellement conscients".

Assorti d'une série de propositions d'ordre notamment vestimentaires (interdiction des mini-jupes au dessus du genou, des piercings, des nombrils découverts, obligation d'avoir des coiffures traditionnelles...), le plan Tolérance Zéro reçoit l'assentiment d'une partie importante de l'électorat catholique conservateur, prépondérant en Pologne. Toutefois, la tentation pour le jeune et fougueux ministre d'aller plus vite que la musique pour profiter de l'état de l'opinion publique traumatisée par les drames récents (en particulier la mort atroce de la jeune Ania, 14 ans violée puis tuée dans un collège de Gdansk) pourrait lui attirer la méfiance des jumeaux Kaczyński qui ont un besoin vital des électeurs que séduit ce discours radical. A quand le dérapage qui verra un retournement de l'opinion?

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Dimanche 5 novembre 2006

Tout à son auto-satisfaction du moment due aux bons résultats économiques de la Pologne (l'inflation la plus faible d'Europe, 5% de croissance prévisionnelle, etc...), le Premier Ministre Jarosław Kaczyński se laisse aller à donner des instructions aux journalistes, écornant du même coup un peu plus l'image désastreuse de la liberté de la presse dans son pays, placé à la dernière place des 25 membres de l'Union Européenne par le récent rapport de Reporters Sans Frontières.

Aux professionnels présents à une récente conférence de presse, il a fait savoir que désormais, il ne souhaitait plus être photographié de profil (comme sur la photo ci-contre par exemple) mais uniquement de face. Pour s'assurer de l'obéissance des photographes, l'estrade a été munie d'un cordon de sécurité par le cabinet du Premier ministre.

C'est en Allemagne, où J. Kaczyński rencontrait son homologue Angela Merkel qu'ont été mises en pratique les nouvelles directives de cet incorrigible professionnel de la communication en gros sabots (le serveur d'Over-blog suffirait à peine à stocker l'énumération exhaustive des gaffes diplomatiques des jumeaux depuis un an, nous essayerons de reprendre ici quelques uns des faits les plus marquants). Bien entendu, la directive a soulevé un tollé Outre-Rhin (comme d'habitude), ce qui a été suivi d'une mise au point embarrassée d'un porte-parole du cabinet polonais (là aussi, comme d'habitude). Il ne s'agissait pas d'une obligation, mais d'une simple demande, a t'il été précisé...

 

Peu importe, le mal est fait et une visite qui devait servir à recoller les morceaux entre les deux pays (et qui pour l'essentiel avait d'ailleurs été jugée plutôt positive) s'est encore une fois accompagnée d'une polémique, les journalistes allemands hurlant à une nouvelle atteinte  aux libertés de la presse (après l'affaire de la "pomme de terre" dont je rappelerai ici même les grandes lignes prochainement) par les jumeaux de Varsovie. La "consigne" du Premier Ministre a été expliquée entre autres par der Spiegel par un double menton peu télégénique...

Les journaux polonais ont réagi de façon variée selon leur degré d'indépendance réelle : Gazeta Wyborcza (la Gazette Electorale, une des principales sources de ce bloc-notes) s'est empressée de publier malicieusement une série de photos de profil du Premier Ministre alors que d'autres journaux (Dziennik par exemple) appliquaient la consigne, cherchant à éviter les complications et trouvant tout cela bien anecdotique. Après le rapport de Reporters Sans Frontières, ce nouvel incident (même mineur) ne peut qu'inciter à la vigilance...

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Vendredi 3 novembre 2006

Alors que le leader de l'opposition Alexandre Milinkiewicz vient de se voir décerner par le Parlement Européen le prestigieux Prix Sakharov (nous y reviendrons), c'est sans aucun commentaire de la part de nos grands médias qu'un des instigateurs de la manifestation pacifique de mars dernier à Minsk  vient d'être condamné à 18 mois de prison ferme pour "appartenance à une organisation politique non enregistrée auprès du Ministère de la Justice".

Źmicier Daszkiewicz est une figure de proue du Front de la Jeunesse qui s'est illustré notamment par le camp de tentes sur la Place d'Octobre de Minsk (photo ci-contre) qui avait tenu une bonne semaine dans des conditions climatiques difficiles avant d'être brutalement évacué par la Milice biélorusse.

A l'époque, les médias occidentaux s'étaient intéressés de près à cette manifestation spectaculaire, redoublant d'éloges sur le courage de ces jeunes opposants, peu nombreux mais déterminés malgré le froid et la menace d'autorités connues pour leur recours systématique à la force pour mater l'opposition.

Je ne peux m'empêcher de m'étonner, candide que je suis, de la différence de traitement médiatique entre une manifestation romantique et télégénique sur fond de lutte contre la "dernière dictature d'Europe" et la présente information révélée par l'hebdo polonais Wprost (http://www.wprost.pl/ar/?O=96535 pour les polonisants).

Entre un événement qui a eu droit à une dizaine de jours consécutifs d'apparition au JT de 20 heures de TF1 et France 2 et celui-ci (qui découle du premier et qui ne me semble pas moins important) même pas cité en entre-filet dans les grands organes de presse, n'y a t'il pas de place pour la demi-mesure?

 

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Vendredi 3 novembre 2006

Bienvenue sur le "Bazar Slave"!

Avant de passer au vif du sujet, il me semble important d'apporter quelques explications sur le titre (et donc l'objet) de ce petit recueil de notes et de réflexions personnelles

Incorrigible boulimique de lecture de la presse internationale par Internet, je m'intéresse entre autres à l'actualité de l'Europe Centrale.

Pour des raisons qui me sont personnelles (et qui ne sont pas forcément d'un grand intérêt pour l'internaute que ses promenades auront mené ici), je suis particulièrement et de façon quotidienne l'actualité dans deux pays : la Pologne et la Biélorussie.

Bien sûr, les médias francophones évoquent régulièrement l'actualité politique de ces deux pays pour qui sait aller chercher l'information!

N'empêche... les infos tirées des sites en V.O. apportent un autre éclairage, je me propose donc, non pas de les traduire mais de proposer mon regard subjectif sur cette actu de l'autre Europe sans prétention intellectuelle ou scientifique...

Merci de votre intérêt et bonne lecture!

par Wawrzek Lothringer publié dans : A propos du site
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