Lundi 30 avril 2007

Le 26 avril 1986 restera dans les livres d'histoire comme une des pages les plus noires du vingtième siècle. Ce jour-là, le réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, provoquant une catastrophe sanitaire et environnementale dont les conséquences ne sont que partiellement connues, vingt-et-un ans après les faits. Si en 2006, le vingtième anniversaire de l'accident a eu droit dans toute l'Europe à  une couverture médiatique très importante, l'événement est passé assez inaperçu cette année. Ce n'est bien entendu pas le cas en Biélorussie, dont les scientifiques considérent qu'elle a subi plus des deux tiers des retombées directes de la catastrophe, alors même que la centrale se situe en Ukraine voisine.

Chaque 26 avril est donc jour de commémoration dans le pays, avec une connotation politique de plus en plus affirmée. En effet, le régime de Loukachenko fait tout son possible pour étouffer les commémorations orchestrées par l'opposition critique à son égard. Certes, la catastrophe a eu lieu quelques années avant l'indépendance du pays, la responsabilité de l'actuel président ne peut donc pas être directement mise en cause : les démocrates reprochent entre autres au chef de l'Etat sa politique isolationniste qui freine l'arrivée de l'aide internationale ou gêne le travail des scientifiques sur le terrain. Encore plus grave, de nombreux spécialistes estiment que les autorités se livrent à de la désinformation sur ce sujet : statistiques ou études orientées tendent à minimiser les conséquences de l'accident. Les autorités peuvent de cette façon réduire les crédits alloués à la veille sanitaire ou commencer à reconquérir les terres les plus contaminées, passant outre les avertissements de la communauté scientifique.

C'est cette attitude volontairement amnésique du pouvoir qui a motivé les très nombreux manifestants qui se sont retrouvés sur la place Jakub Kolas, point de départ de tous les défilés organisés à Minsk. Quelques semaines seulement après la grande manifestation du 25 mars réprimée par les forces de l'ordre (cf. Biélorussie : le régime s'entête dans son refus de l'ouverture), les organisateurs se sont félicités d'avoir pu une nouvelle fois rassembler une foule si importante. La satisfaction des organisateurs, au premier rang desquels le leader du Front Populaire Biélorusse Vintsuk Wiaczerka, résidait dans le spectaculaire rajeunissement de la moyenne des participants. Il y a quelques années encore, la jeunesse du pays semblait beaucoup plus résignée qu'aujourd'hui, les autorités ne manquaient d'ailleurs pas une occasion de souligner ce fait, établissant une comparaison de propagande entre une jeunesse encadrée et "patriote" et une opposition vieillissante et vendue à l'étranger.

Après le camp de tentes du printemps 2006, qui vaut toujours au leader du Front de la Jeunesse Zmicier Daszkiewicz d'être incarcéré (cf. L'Union Européenne tend la main à Loukachenko), la jeunesse du pays semble avoir repris toute sa place au sein du mouvement démocrate. Plutôt que de devoir montrer une foule si nombreuse, à la fois jeune et pacifique, la propagande gouvernementale a préféré passer sous silence l'événement, ce qui n'est pas surprenant. Autrement plus regrettable est l'attitude de la chaîne de télévision Euronews qui n'a pas fait état de cette manifestation dans ses différentes éditions. Ce qui faisait dire à un responsable démocrate désabusé que 10.000 opposants biélorusses pesaient médiatiquement moins lourd que les 400 manifestants anti-Poutine de la semaine précédente à Moscou : le Front Populaire Biélorusse devra t'il à son tour enrôler Garry Kasparov pour attirer les caméras européennes?

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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Jeudi 26 avril 2007

Le dernier avatar en date de l'épineux dossier de la seconde loi de lustration à la mode Kaczyński (cf. Pologne : la " lustration " passe à la vitesse supérieure) concerne une personnalité hautement symbolique et très respectée en dehors de ses frontières, ce qui donne d'ores et déjà à cet épisode un retentissement international. L'euro-député Bronisław Geremek, 75 ans, figure historique du syndicat Solidarność à l'époque de la lutte contre le régime communiste puis ministre à plusieurs reprises, vient de se voir notifier par les autorités de Varsovie la suspension de son mandat au parlement de Strasbourg. La faute invoquée est bien entendu le refus de l'intéressé de se soumettre à cette seconde lustration, d'autant plus qu'il avait déjà du faire une déclaration tout à fait similaire au moment de son élection en 2004.

Depuis l'annonce de cette sanction, l'indignation a été générale au parlement européen, tous les parlementaires (à l'exception notable mais peu surprenante des députés d'extrême-droite) unissant leurs voix pour exprimer leur solidarité envers leur collègue. Une commission juridique européenne doit d'ailleurs se réunir pour statuer sur la légalité de cette sanction : il est probable qu'en l'espèce, le gouvernement polonais ait outrepassé ses compétences, la suspension est donc loin d'être effective. Par son geste, le professeur Geremek a voulu protester contre la chasse aux sorcières menée dans son pays, quinze ans après la fin de la République Populaire.

Régulièrement montré du doigt pour son attitude sur la scène continentale, le gouvernement de Varsovie n'a rien à gagner à de nouvelles brouilles avec ses partenaires. Après la menace pesant sur les survivants des Brigades Internationales qui avaient combattu Franco pendant la guerre civile espagnole (cf. L'Espagne s'immisce dans le dossier de la "lustration"), c'est cette fois une personnalité très appréciée sur le continent qui est atteinte par les conséquences de la politique de lustration. Le professeur Geremek  représente parfaitement cette autre face de la Pologne, qu'a eu tendance à éclipser l'arrivée au pouvoir de Droit et Justice des jumeaux Kaczyński : une vision démocrate, tolérante et résolument engagée dans la construction européenne. L'Europe, et notamment la France avec laquelle l'ancien enseignant d'histoire a un lien affectif tout particulier, a tout intérêt à se mobiliser pour montrer qu'au delà de l'équipe dirigeante actuellement au pouvoir à Varsovie, la Pologne reste bien un membre à part entière de la grande famille continentale.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Jeudi 19 avril 2007

L'annonce faite par Michel Platini mardi 18 avril en fin de matinée au sujet de l'organisation du futur Championnat d'Europe de football de 2012 a soulevé une grande vague d'euphorie en Pologne et en Ukraine. Les deux pays sont les premiers pays de l'ancienne Europe communiste à accéder à cette grande responsabilité, alors même qu'ils ne présentaient leur candidature que pour la première fois. Le résultat a déjoué tous les pronostics car l'Italie, nation majeure de ce sport, était également candidate à l'organisation de la compétition. Le président de l'UEFA a confié qu'il avait à titre personnel apporté sa voix à l'Italie, ce qui ne l'a pas empêché de se réjouir du choix incontestable (8 sur 12) des votants et salué le sérieux du dossier des vainqueurs.

Après l'irrésistible enthousiasme populaire qui a traversé les deux Etats slaves et qui s'est même traduit concrètement par une hausse spectaculaire de la Bourse de Varsovie (entre +10% et +30% sur la journée), les immenses responsabilités liées à l'événement vont certainement vite prendre le dessus. En effet, le Championnat d'Europe de football est considéré comme le troisième événement sportif de la planète, après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football. Le nombre de visiteurs et de téléspectateurs sera considérable, d'où un besoin impérieux de structures adaptées.

Les rencontres se dérouleront dans huit stades répartis dans les deux pays co-organisateurs. Pour les villes concernées, l'enjeu dépasse d'ores et déjà le simple cadre sportif tant le défi est immense : les retombées économiques (tourisme, investissements) seront considérables, le moindre bémol dans l'organisation serait très préjudiciable. Les secteurs tels que l'hôtellerie, la restauration, les transports, la sécurité, les infrastructures, les télécommunications ou le bâtiment sont concernés en première ligne. L'organisation de l'événement devrait entre autres permettre d'accélérer la mise en place de réseaux autoroutiers modernes, vaste chantier qui a pris beaucoup de retard depuis plusieurs années. Par exemple, les deux villes les plus éloignées parmi les huit heureuses élues sont Gdańsk au nord de la Pologne et Donetsk au sud de l'Ukraine, soit près de 2000 kilomètres : actuellement, il n'y a que 23 kilomètres d'autoroute sur ce parcours soit environ 1% ce qui est très insuffisant. Ce qui était déjà une priorité nationale en Pologne (on estime de 1 à 2% la croissance perdue chaque année depuis 1989 du seul fait de la vétusté du réseau) mais n'avait jamais été convenablement pris à bras-le-corps par les pouvoirs publics, devient une urgence et un défi qui devra être relevé sous l'œil implacable de l'opinion publique internationale.

Il s'agit désormais de se montrer à la hauteur de ce succès et donner tort aux quelques voix discordantes qui ont tenté de se faire entendre dès le lendemain de cette annonce. Les presses italienne et russe ont notamment multiplié les éditoriaux au vitriol, la première servant le couplet bien connu de la condescendance à l'égard des pays de l'Est, la seconde exprimant des doutes sur l'honnêteté du scrutin. Le journal Komsomolskaïa Pravda se distingue notamment en affirmant que la Pologne ne doit ce succès qu'à sa docilité envers les Etats-Unis (!) et son soutien à toutes les prises de position anti-russes de l'Union Européenne. Les rancuniers ne pourront s'empêcher de remarquer que les  instances du football n'ont encore jamais confié à la Russie l'organisation d'une compétition majeure mais ce type de propos outranciers ne suffit visiblement pas à doucher l'enthousiasme des Polonais et des Ukrainiens. La presse ukrainienne voit même dans cette désignation rien moins qu'une reconnaissance de l'indépendance du pays et un formidable coup de pouce à son développement économique. Tout un programme…

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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Mercredi 4 avril 2007

Le projet récurrent d'une chaîne de télévision biélorusse affranchie de la tutelle gouvernementale est évoqué depuis de longs mois par la presse est-européenne, notamment en Pologne où les autorités sont très impliquées dans ce dossier. On sait désormais que le nouveau média fera son apparition sur les ondes à partir de l'automne 2007 et sera accessible à tous les citoyens équipés d'une parabole. Les programmes de "Belsat" seront émis depuis la Pologne et seront accessibles depuis tout le territoire biélorusse.

Jusqu'alors, seule la presse internet bénéficie d'une véritable liberté de ton au pays du président Alexandre Loukachenko, épinglé par le dernier rapport de Reporters Sans Frontières, qui a classé sans surprises le pays au dernier rang européen. La presse écrite classique non-gouvernementale n'est disponible que de façon très aléatoire dans certains kiosques des grandes villes : des titres comme Nasha Niva ou Narodnaïa Vola disparaissent souvent pendant de longues semaines pour cause de harcèlement policier ou fiscal. Les buralistes biélorusses n'achètent pas ces titres à l'organisme officiel de distribution de la presse mais directement à des revendeurs discrets et en très petite quantité : la manchette de Narodnaïa Vola précise d'ailleurs toujours que la rédaction ne fixe pas de prix, le laissant à la discrétion des intermédiaires.

L'organe de propagande le plus efficace du régime est bien entendu la télévision publique, dont les bulletins d'information sont un modèle de discipline pro-gouvernementale. Le président de la République en est le principal intervenant, déclinant à volonté et sans contradiction ses thématiques favorites : complot de l'OTAN contre sa personne, réprimande régulière et souvent humiliante des ministres accusés d'inefficacité, propos ambigus sur la Russie, tantôt bourreau de la pauvre Biélorussie, tantôt "grand frère" bienveillant…

La présente initiative devrait toucher plus de 7% des citoyens, si on se réfère aux statistiques les plus fiables en matière d'équipement de la population en paraboles : un chiffre en forte augmentation si on se souvient qu'en 2003, seulement 1% de la population avait accès à cette technologie. Les téléspectateurs de Belsat auront accès à des programmes ayant trait aux questions de société, à la politique, à la culture : les responsables du projet tiennent à préciser qu'ils ne veulent pas proposer de propagande alternative à l'information officielle, mais promettent un média impartial et apolitique.

Les programmes seront exclusivement en langue biélorusse, mais les intervenants qui souhaiteront s'exprimer en russe pourront le faire librement, sans que leurs propos nécessitent de sous-titres : le russe est en effet une langue de communication très répandue, notamment en milieu urbain. Dans un premier temps, la chaîne diffusera pendant 15 heures par jour, avec au minimum trois journaux d'information en direct. Les autorités biélorusses n'auront certainement pas les moyens techniques de s'opposer en aucune manière à la diffusion de ce média indépendant, elles auront certainement à cœur de le décrédibiliser pour garder à tout prix leur mainmise sur l'opinion publique.

 

par Wawrzek Lothringer publié dans : Biélorussie-Actualité
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