
Le "lobbying" intense du groupe parlementaire chargé de la question biélorusse (mené de façon particulièrement active par des euro-députés notamment polonais de tous les partis) pendant deux ans aura finalement porté ses fruits. Pour couper court à la propagande du régime d'Alexandre Loukachenko qui est parvenu à convaincre sa population qu'en Europe, personne ne s'intéressait à la Biélorussie et ne lui tendait les bras, l'Union Européenne a fait une offre concrète au maître de Minsk. Pour la première fois depuis le gel de la coopération bilatérale UE-Biélorussie en 1996, la Commission de Bruxelles fait un pas vers celui qui est généralement qualifié de "dernier dictateur d'Europe" par la presse internationale. Les autorités européennes demandent en particulier à Alexandre Loukachenko la libération des prisonniers politiques (on pense en particulier à Zmicier Daszkiewicz emprisonné récemment [photo ci-contre, cf. Un jeune contestataire en prison] et à Alexandre Kazouline qui poursuit une grève de la faim dans sa cellule de prison depuis un mois, cf.L'opposant Kazouline poursuit sa grève de la faim) et l'arrêt des poursuites exercées à l'encontre des membres de l'opposition. Elles exigent également des autorités biélorusses qu'elles procédent à des enquêtes impartiales et transparentes sur les "disparitions" d'opposants et de journalistes que l'on déplore depuis de nombreuses années et appellent enfin à la tenue d'élections libres. En contrepartie, la Biélorussie se voit proposer une aide financière que l'on estime à plusieurs centaines de millions d'euros. Elle consiste notamment en une ouverture du marché européen à la production biélorusse, une aide directe pour moderniser les entreprises, une augmentation importante des bourses communautaires accordées aux étudiants, une simplification radicale des procédures d'obtention de visas Schengen. Il ressort de cette initiative diplomatique inédite, révélée par le quotidien polonais Gazeta Wyborcza et confirmée par l'euro-député polonais Bogdan Klich (PO), chef de la commission chargée des relations avec Minsk, que Bruxelles ne cherche pas à renverser Loukachenko. Ce dernier, qui est au pouvoir depuis 1994 et avec qui le dialogue est quasiment rompu depuis 1996, est considéré de façon pragmatique comme un interlocuteur incontournable, au moins à moyen terme. Bruxelles compte renouer le dialogue en évitant la confrontation avec l'impulsif dirigeant biélorusse et ne cherche qu'à détendre le régime dans l'intérêt de la population. La réaction du leader de l'opposition Alexandre Milinkiewicz ne s'est pas faite attendre et s'il se réjouit d'une initiative qu'il appellait de ses vœux depuis quelques années déjà, il assure également qu'il fera le maximum pour que cette main tendue par l'Europe ne passe pas inaperçue auprès du peuple biélorusse.
Le principe de la démarche est celui d'un accord équitable entre les deux parties : "donnant-donnant", démocratisation contre aide financière.
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