Mardi 26 décembre 2006

Le projet a commencé à la mi-novembre par une lettre ouverte publiée par l'hebdomadaire Przekrój (Dość upokorzeń , "Assez d'humiliations") appelant les citoyens à se mobiliser pour défendre les droits des femmes en Pologne. L'auteur à succès Manuela Gretkowska, à l'initiative du projet, a reçu plus de 3000 signatures (dont un quart d'hommes, ce qu'elle considère comme une proportion très encourageante), ce qui lui a permis de déposer les statuts de son nouveau parti auprès des instances compétentes. La formation, sobrement appelée Partia Kobiet (le Parti des Femmes) a donc désormais une existence légale et pourra présenter des candidats aux prochaines échéances électorales.

Manuela Gretkowska est une personne célèbre en Pologne et compte bien faire bénéficier son parti de sa notoriété et de son accès aux médias. Elle revendique la neutralité de sa formation, "entre une gauche qui a trahi la cause des femmes et une droite qui a une idée bien particulière de leur place dans la société". Les thèmes qui seront défendus seront apolitiques dans la mesure du possible, pour ratisser large parmi l'électorat féminin (53% de la population en âge de voter) qui est aussi un des plus abstentionnistes, faute d'identification suffisante. Le Parti des Femmes ne se présente donc pas comme un parti classique mais bien comme un groupe de pression assumé en tant que tel, cherchant à faire progresser ses combats à travers des majorités de gauche ou de droite, selon les circonstances.

Après le dernier scandale en date dans la majorité de droite (cf. Le scandale du "droit de cuissage" prend de l'ampleur), on imagine que la nouvelle formation se positionne davantage aux côtés de l'actuelle opposition. Toutefois, Mme Gretkowska tient à sa neutralité même si elle reconnaît dans la presse que cette dernière affaire n'a fait que la renforcer dans sa conviction que la cause des femmes polonaises devait plus que jamais être défendue. Partant du constat que la Pologne occupe la 108ème place du classement mondial de l'avancée de la cause féminine (derrière de nombreux pays d'Afrique), la porte-parole du Parti des Femmes avance quelques revendications pouvant trouver écho dans chaque camp. Elle évoque ainsi la réévaluation du droit à la retraite, qui date de l'époque communiste, et qui prévoit un départ anticipé de 5 ans pour les femmes mais à des conditions financières très défavorables.

Le problème des pensions alimentaires non versées (et contre lesquelles les femmes concernées n'ont que peu de recours efficaces), des aides insuffisantes à la réinsertion professionnelle post-maternité ou le droit à des examens médicaux gratuits tels que la détection des cancers du sein et du col de l'utérus sont en tête de l'ébauche de programme du nouveau parti. On peut remarquer, et c'est une volonté assumée de Manuela Gretkowska, qu'il n'est pas fait mention de l'avortement ( cf. L'avortement interdit par la Constitution? ) pas plus que du droit des lesbiennes dans les questions abordées par le Parti des Femmes. En effet, ce dernier se méfie de l'étiquette "féministe" qui risquerait de nuire à son image et saboterait toutes ses autres revendications dans une Pologne où (comme dans tous les pays) les mentalités n'évolueront pas d'un simple claquement de doigts...

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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