
La circulaire du ministre de l’Education Roman Giertych (leader de la Ligue des Familles, LPR, droite nationaliste ultra-catholique) de la semaine dernière a fait l’effet d’une bombe
dans le milieu éducatif (sur le même thème, cf. Tour de vis dans les écoles). Cette note de service, censée rester confidentielle mais rapidement diffusée via Internet, demande à tous les chefs d’établissement du pays de recenser pour le 8 janvier prochain au plus tard les jeunes filles enceintes parmi les élèves des lycées et des grandes sections de collèges. Il est demandé de tenir compte des données de l’année en cours ainsi que de l’année précédente.
L’information a été révélée par le grand quotidien Gazeta Wyborcza, dont la ligne éditoriale est notoirement hostile à la LPR et à ses prises de position réactionnaires. Il n’en a pas fallu davantage à Roman Giertych pour réagir immédiatement par voie de communiqué, dénonçant " une certaine presse " coupable de mentir continuellement à son égard et menaçant le Directeur de la rédaction du journal, le prestigieux essayiste Adam Michnik, d’un procès pour calomnie. Dans un même temps, et c’est hélas une habitude pour ce gouvernement qui multiplie les marches-arrière et les démentis, le ministre a tenté de justifier sa démarche. Il explique que le recueil de ces données vise en premier lieu à protéger les jeunes filles qui doivent bien souvent interrompre leur scolarité en cas de grossesse. Les élèves ainsi ciblées pourraient alors bénéficier d’aménagements de cours, de reports d’examens voire même d’aides financières.
Pourtant, au-delà du discours qui se veut rassurant, on peut craindre que ce recueil ne dérive vers une collecte d’informations à caractère privé et d’une aggravation de la situation, notamment psychologique, de ces jeunes filles. Comme le souligne Jolanta Szymanek-Deresz, députée SLD (opposition de gauche), on peut redouter que l’état de santé de ces jeunes filles ne vienne alimenter les inévitables rumeurs dans les lycées si les informations n’étaient pas soigneusement gardées secrètes. De plus, la parlementaire dénonce, comme de nombreux enseignants, l’inutilité de ces informations pour le Ministère de l’Education. En effet, s’il s’agit de protéger les jeunes filles et leur enfant, le problème est du ressort du Ministère de la Santé, qui dispose déjà de données exploitables, voire du Ministère des Affaires Sociales.
L’explication de la démarche de Roman Giertych est peut-être à chercher du côté du principal cheval de bataille de sa famille politique : la lutte contre l’avortement. En montrant qu’il veut tendre la main aux jeunes filles mises en difficulté sociale et psychologique par une grossesse non désirée, il tente maladroitement d’humaniser un discours radicalement farouche à l’IVG. On peut douter de la franchise de la démarche tant les solutions (notamment financières) sont floues voire inexistantes, d’autant plus que l’interdiction constitutionnelle de toute forme d’avortement même thérapeutique (cf. L'avortement interdit par la Constitution? ) est toujours à l’ordre du jour pour la LPR…
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