Vendredi 12 janvier 2007

En marge de la tumultueuse cérémonie d’investiture de Monseigneur Wielgus (cf.L'affaire Wielgus embarrasse l'Eglise et bouleverse les fidèles), Roman Giertych, le vice-premier ministre en charge de l’Education, a révélé à la radio que l’annulation de la cérémonie avait peut-être également un lien avec la sécurité du chef de l’Etat. Cette information a rapidement été reprise par les médias puis mise en relation avec la prolongation de garde à vue d’un jeune Varsovien d’une vingtaine d’années, Mirosław M., arrêté samedi en fin de journée. La police a ensuite confirmé que le jeune homme était effectivement interrogé au sujet d’une tentative d’empoisonnement sur la personne de Lech Kaczyński, Président de la République de Pologne.

Les investigations policières ont commencé jeudi, suite à l’appel anonyme d’un citoyen affolé par un courrier électronique (qu’il a prétendu avoir reçu par erreur d’un expéditeur inconnu) annonçant qu’un attentat sur la personne du Président était planifié au cours du repas officiel donné à l’issue de la cérémonie, en la cathédrale de Varsovie. Après deux jours de recherches, les services de sécurité gouvernementaux ont pu localiser et interpeller le mystérieux expéditeur du courrier électronique à Targówek, un quartier de la capitale. Les enquêteurs ont été immédiatement troublés par le fait que Mirosław M. est employé à l’intendance de l’archevêché de Varsovie… et était affecté au service à la table des personnalités lors du fameux repas officiel. Il lui était donc possible matériellement de perpétrer cet attentat, justifiant ainsi la mise en alerte des services de sécurité qui auraient certainement voulu préserver plus longtemps la confidentialité autour de cette enquête, pour éviter les spéculations de la presse.  

Depuis son interpellation, le suspect adopte une ligne de défense peu surprenante : il dit avoir voulu faire une plaisanterie auprès de ses amis, parmi lesquels on trouve donc certainement le dénonciateur anonyme à l’origine de l’intervention policière. Même si au final, les enquêteurs devaient conclure à une mauvaise plaisanterie, le jeune homme risque une peine pouvant aller jusqu’à huit années d’emprisonnement. Mirosław M. a été remis en liberté sous contrôle judiciaire mais le Parquet a annoncé que des poursuites seraient engagées contre lui et que d’ores et déjà, des échantillonnages avaient été effectués sur les restes du fameux repas.

La présidence tient à montrer sa fermeté dans cette affaire et surtout retrouver sa crédibilité après l’épisode cocasse du printemps dernier où une plainte avait été déposée pour "manque de respect envers le chef de l’Etat" à l’encontre d’un sans-abri passablement éméché qui criait à tue-tête dans le hall de la gare de Varsovie son manque de sympathie pour Lech Kaczyński ... L’opinion publique avait trouvé démesurée la réaction des collaborateurs du chef de l’Etat qui étaient allés jusqu’à exhumer un vieil article du Code Pénal pour justifier les poursuites : on saura certainement dans les prochains jours si dans le cas présent, il s’agissait d’une menace sérieuse ou d’une blague douteuse qui aura mobilisé à la fois police et médias.

 

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Pologne-Actualité
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