Mardi 20 mars 2007

Seize ans après la transition du régime communiste vers le pluralisme démocratique, la Pologne est plus que jamais hantée par un passé bien encombrant. Sous l’impulsion des frères Kaczyński qui en ont fait leur cheval de bataille, à défaut de mettre en œuvre les mesures concrètes dont le pays aurait besoin, l’opération d’épuration générale entre dans une nouvelle phase. Cette politique appelée la " lustration ", terme qui renvoit clairement à une notion quasi-religieuse de purification, faisait déjà l’objet d’une loi promulguée il y a une dizaine d’années. Celle-ci obligeait tous les responsables politiques, les hauts fonctionnaires et les candidats aux élections à produire une déclaration sur l’honneur attestant de leur non-collaboration avec les Services Secrets (SB) de la République Populaire.

Par la suite, cette déclaration était transmise pour vérification à des personnes habilitées à consulter les kilomètres de rayonnages d’archives de la police communiste, conservées par l’Institut de la Mémoire Nationale (IPN, Instytut Pamięci Narodowej) à Varsovie. Ainsi ce sont quelques 27.000 demandes de contrôles de déclarations qui sont parvenues dans ce service depuis dix ans. Une large proportion de ces cas n’est toujours pas traitée à ce jour par la vingtaine de fonctionnaires triés sur le volet mais visiblement recrutés en nombre largement insuffisant devant l’ampleur de la tâche. Or, la nouvelle loi de lustration qui est entrée en vigueur le 15 mars va faire augmenter de façon spectaculaire le nombre de demandes.

En effet, ce sont maintenant les journalistes, les enseignants, les notaires, les avocats ainsi que l’ensemble des fonctionnaires du ministère des Affaires Etrangères qui doivent se confesser sur leur passé. Tous les citoyens nés avant le 1er août 1972 sont concernés, la période d’investigation court du 22 juillet 1944 au 31 juillet 1990 : le nombre de dossiers à consulter est considérable, on l’estime de 400.000 à 700.000. Dans le même temps, l’équipe actuelle de documentalistes passera à une centaine de personnes seulement : la tâche se veut solennelle et fondamentale mais les moyens administratifs ne sont pas à la hauteur.

Au delà de ces aspects purement pratiques, qui pourraient voir retomber comme un soufflé une opération dont le succès est le dernier espoir pour un pouvoir central en perte de vitesse, de graves questions déontologiques se posent. De nombreux citoyens considèrent que la première loi de lustration était suffisante et que l’examen du passé d’une part si importante de la population n’aura pas d’effets positifs sur la société. Seize ans après le communisme, le pays a fait du chemin et hormis les cas emblématiques de dignitaires responsables d’actes graves (cf.Célébration du 25ème anniversaire de la loi martiale), nombreux sont ceux qui souhaitent tourner la page. Les cas de refus, notamment parmi les enseignants déjà ulcérés par leur ministre de tutelle (cf.Atteinte à la vie privée dans les établissements scolaires?) risquent d’être nombreux et rapidement ingérables.

Mais depuis le scandale Wielgus (cf.L'affaire Wielgus embarrasse l'Eglise et bouleverse les fidèles), l’électorat le plus conservateur réclame fortement au gouvernement qu’il aille au bout de sa démarche de décommunisation, quitte à rompre avec la logique de la table ronde de 1989, qui avait préféré la transition douce. La lustration sert aussi de prétexte aux Kaczyński pour asseoir leur mainmise sur les médias publics : le directeur de Radio Pologne, nommé par le Premier Ministre, s’est distingué par son zèle, devançant l’appel dans ses services. Le jour de la mise en application de la loi, une vingtaine de journalistes de la station publique avaient déjà été licenciés pour avoir refusé de faire leur déclaration à l’IPN

 

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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