Vendredi 4 mai 2007

En 2005, les associations polonaises de défense des droits des minorités sexuelles s'étaient vues privées de l'autorisation de défiler dans les rues de Varsovie par le maire de la capitale qui était alors Lech Kaczyński, l'actuel Président de la République. Le bras-de-fer avec les autorités départementales qui étaient favorables à la tenue de la manifestation avait tellement duré que la marche avait du être annulée, ce qui est d'autant plus étonnant qu'elle s'était précédemment déroulée chaque année depuis 2000.

Lech Kaczyński était alors en pleine ascension politique et avait utilisé cette prise de position pour renforcer son aura auprès de l'électorat conservateur qui allait le propulser à la présidence quelques mois plus tard. Depuis cet épisode, l'enjeu est devenu politique et on a vu de nombreuses personnalités participer aux marches suivantes comme par exemple la députée SLD (gauche) Izabela Jaruga-Nowacka ou le vice-président centriste de la Diète Tomasz Nałęcz. La riposte de la droite ne s'est pas fait attendre à travers l'organisation par la Ligue des Familles (LPR, droite religieuse ultra-nationaliste) d'une contre-manifestation délicatement baptisée Marche de la Normalité. Les dirigeants de cette mouvance, associée au gouvernement depuis 2006, avaient profité de l'occasion pour exiger la démission des deux responsables politiques cités plus haut.  

Après la décision du Tribunal Constitutionnel qui avait invalidé la décision de la municipalité de Varsovie pour entrave à la liberté de manifestation, les associations homosexuelles du pays savourent aujourd'hui une seconde victoire à travers l'arrêt rendu par la Cour Européenne des Droits de l'Homme de Strasbourg. Cette juridiction qui avait récemment tranché un autre litige au sujet de la Pologne (cf.La Cour Européenne des Droits de l’Homme condamne la Pologne) a elle aussi reconnu le délit d'entrave à la liberté de manifestation mais sa décision a des conséquences plus vastes. Tout d'abord, la Cour demande à la Pologne de se doter de juridictions efficaces pour statuer sur de futures interdictions administratives de manifestations publiques : il deviendra donc impossible de contourner la loi en "jouant la montre" pour aboutir à un renoncement des organisateurs. La Cour a également indiqué que l'actuel président polonais avait commis une faute en qualifiant la manifestation de "propagande homosexuelle", des propos jugés inexacts et de nature à influencer le jugement des fonctionnaires chargés de faire appliquer les décisions de justice.

Le représentant du gouvernement polonais à Strasbourg a pris acte de la décision et a tenu à souligner que la Constitution du pays protègeait déjà les minorités sexuelles avant cet épisode. Ceci est à peu de choses près l'argument brandi par Lech Kaczyński à l'époque : pourquoi les homosexuels auraient-ils besoin de manifester puisqu'ils ne sont pas discriminés par la Loi? Dans le climat actuel (cf. Pologne : l’homophobie d’Etat bat son plein), le gouvernement polonais ne souhaite pas s'appesantir sur le sujet, préférant faire remarquer que la Lettonie n'a pas non plus permis l'organisation de la Gay Pride à Riga sans que l'Europe s'en émeuve outre mesure.

par Wawrzek Lothringer publié dans : Pologne-Actualité
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