Partager l'article ! Pologne : l'Education Nationale épure les programmes scolaires: Depuis sa prise de fonction au Ministère de l'Education Nationale en mai 2006, ...

Depuis sa prise de fonction au Ministère de l'Education Nationale en mai 2006, Roman Giertych, par ailleurs leader de la Ligue des Familles (LPR), formation politique nationaliste ultra-catholique, a maintes fois montré sa volonté d'imprimer sa marque idéologique à ce poste
particulièrement sensible (cf. Atteinte à la vie privée dans les établissements scolaires?). Multipliant les déclarations et les initiatives, le ministre semble avoir patiemment découragé ses plus farouches opposants, qui misaient sur un épuisement rapide d'un ministre à la fois maladroit, outrancier et notoirement inexpérimenté. C'était faire peu de cas de la position-clé de la LPR, formation peu importante d'un point de vue quantitatif, mais essentiel pour le maintien au pouvoir de la fragile coalition conservatrice des frères Kaczyński.
Profitant pleinement de cette immunité tacite, le ministre a pu annoncer la teneur d'un projet qui lui tient particulièrement à coeur : la remise en question du programme littéraire imposé aux élèves du cycle secondaire. Cette liste d'ouvrages imposés aux enseignants de langue polonaise était jusqu'alors le résultat d'un compromis entre littérature nationale et classiques étrangers approuvé par une majorité des professeurs. Les profondes modifications qui devraient y être apportées dès la prochaine rentrée des classes en septembre ne manqueront pas de provoquer stupeur et indignation, dans un milieu déjà passablement braqué par la seconde loi de lustration décrétée par le gouvernement (cf. la " lustration " passe à la vitesse supérieure).
En ce qui concerne le patrimoine national, les deux principales victimes de la nouvelle orientation des programmes sont le dramaturge contemporain Witkacy et surtout Witold Gombrowicz. Ce dernier, dont les œuvres ont eu un important retentissement international et notamment en France, a toujours été à la fois la bête noire des communistes polonais et des milieux nationalistes-catholiques. Il n'a jamais été pardonné à l'auteur de Ferdydurke son regard lucide et acerbe sur la société polonaise, jugé par eux "anti-patriotique" : cette mise à l'index n'a rien d'étonnant quand on sait que Giertych est le petit-fils d'une figure de la droite nationaliste d'avant-guerre que Gombrowicz détestait. L'œuvre sus-citée est d'une actualité particulièrement frappante dans le contexte actuel de censure sous prétexte de retour à l'ordre moral : le système éducatif y est décrit comme bigot et sclérosé avec beaucoup de pertinence et d'humour.
Les classiques internationaux ne sont pas épargnés : Dostoïevski, Kafka, Goethe et Joseph Conrad ne nourriront plus de leurs écrits la réflexion des élèves polonais. En lieu et place de ces auteurs majeurs, le ministère impose les écrits de Jan Dobraczyński, obscur auteur d'avant-guerre dont le principal mérite est certainement d'avoir milité dans les rangs de la droite nationaliste avec le grand-père du ministre. Autre entrée remarquée dans le programme à la rentrée, l'œuvre désormais incontournable de Jean-Paul II, ce qui ne manquera pas de faire l'unanimité dans le pays même si on peut s'interroger sur la récupération à des fins politiques d'une figure historique débarrassée de toute sa complexité et réduite au rôle contestable d'icône de la cause patriotique. Certes, la liste imposée n'est pas encore figée et les enseignants restent libres d'y ajouter les œuvres de leur choix mais cela ne pourra se faire qu'une fois l'ensemble du programme imposé dument traité en classe. Or, ce programme étant particulièrement dense, les œuvres optionnelles ne seront certainement pas légion…
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