Le 26 avril 1986 restera dans les livres d'histoire comme une des pages les plus noires du vingtième siècle. Ce jour-là, le réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, provoquant une catastrophe sanitaire et environnementale dont les conséquences ne sont que partiellement connues, vingt-et-un ans après les faits. Si en 2006, le vingtième anniversaire de l'accident a eu droit dans toute l'Europe à une couverture médiatique très importante, l'événement est passé assez inaperçu cette année. Ce n'est bien entendu pas le cas en Biélorussie, dont les scientifiques considérent
qu'elle a subi plus des deux tiers des retombées directes de la catastrophe, alors même que la centrale se situe en Ukraine voisine.
Chaque 26 avril est donc jour de commémoration dans le pays, avec une connotation politique de plus en plus affirmée. En effet, le régime de Loukachenko fait tout son possible pour étouffer les commémorations orchestrées par l'opposition critique à son égard. Certes, la catastrophe a eu lieu quelques années avant l'indépendance du pays, la responsabilité de l'actuel président ne peut donc pas être directement mise en cause : les démocrates reprochent entre autres au chef de l'Etat sa politique isolationniste qui freine l'arrivée de l'aide internationale ou gêne le travail des scientifiques sur le terrain. Encore plus grave, de nombreux spécialistes estiment que les autorités se livrent à de la désinformation sur ce sujet : statistiques ou études orientées tendent à minimiser les conséquences de l'accident. Les autorités peuvent de cette façon réduire les crédits alloués à la veille sanitaire ou commencer à reconquérir les terres les plus contaminées, passant outre les avertissements de la communauté scientifique.
C'est cette attitude volontairement amnésique du pouvoir qui a motivé les très nombreux manifestants qui se sont retrouvés sur la place Jakub Kolas, point de départ de tous les défilés organisés à Minsk. Quelques semaines seulement après la grande manifestation du 25 mars réprimée par les forces de l'ordre (cf. Biélorussie : le régime s'entête dans son refus de l'ouverture), les organisateurs se sont félicités d'avoir pu une nouvelle fois rassembler une foule si importante. La satisfaction des organisateurs, au premier rang desquels le leader du Front Populaire Biélorusse Vintsuk Wiaczerka, résidait dans le spectaculaire rajeunissement de la moyenne des participants. Il y a quelques années encore, la jeunesse du pays semblait beaucoup plus résignée qu'aujourd'hui, les autorités ne manquaient d'ailleurs pas une occasion de souligner ce fait, établissant une comparaison de propagande entre une jeunesse encadrée et "patriote" et une opposition vieillissante et vendue à l'étranger.
Après le camp de tentes du printemps 2006, qui vaut toujours au leader du Front de la Jeunesse Zmicier Daszkiewicz d'être incarcéré (cf. L'Union Européenne tend la main à Loukachenko), la jeunesse du pays semble avoir repris toute sa place au sein du mouvement démocrate. Plutôt que de devoir montrer une foule si nombreuse, à la fois jeune et pacifique, la propagande gouvernementale a préféré passer sous silence l'événement, ce qui n'est pas surprenant. Autrement plus regrettable est l'attitude de la chaîne de télévision Euronews qui n'a pas fait état de cette manifestation dans ses différentes éditions. Ce qui faisait dire à un responsable démocrate désabusé que 10.000 opposants biélorusses pesaient médiatiquement moins lourd que les 400 manifestants anti-Poutine de la semaine précédente à Moscou : le Front Populaire Biélorusse devra t'il à son tour enrôler Garry Kasparov pour attirer les caméras européennes?
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On sait désormais que le nouveau média fera son apparition sur les ondes à partir de l'automne 2007 et sera accessible à tous les citoyens équipés d'une parabole. Les programmes de "Belsat" seront émis depuis la Pologne et seront accessibles depuis tout le territoire biélorusse.
dissolution de l'Union Soviétique, cette date est l'occasion de manifestations placées sous le signe de l'indépendance du pays, qui est loin d'être un fait acquis en 2007. L'an passé, cette fête baptisée День Воли (jour de la Volonté ou de la Liberté selon les interprétations) coïncidait avec la vague de protestations sans précédent consécutive au scrutin présidentiel qui avait vu la reconduite au pouvoir d'Alexandre Loukachenko. Parmi les nombreuses interpellations survenues ce jour-là, on comptait entre autres un des protagonistes de l'élection, l'ex-ministre Alexandre Kazouline, toujours emprisonné à ce jour. (cf.
le Kremlin, les milieux d’affaire moscovites et un groupe de hauts fonctionnaires, tous réunis dans l’optique d’un renversement du régime. Toutefois et comme on pouvait le craindre, cet éventuel coup d’Etat n’aurait pas pour objectif de mettre la Biélorussie sur les rails du pluralisme démocratique, mais bien de l’inféoder à la Fédération russe à plus ou moins long terme.
symboles à plusieurs titres.
Loukachenko n'en est pas, il convient de le rappeler, à sa première visite dans ce petit état richissime du Golfe Persique. Il y avait notamment effectué une longue visite officielle en 2000, concluant ce séjour par une surréaliste partie de polo avec des émirs locaux : un signe ostentatoire d'accession au cercle restreint des invités de marque du pays.

