Biélorussie-Actualité

Vendredi 3 novembre 2006 5 03 /11 /2006 23:39

Alors que le leader de l'opposition Alexandre Milinkiewicz vient de se voir décerner par le Parlement Européen le prestigieux Prix Sakharov (nous y reviendrons), c'est sans aucun commentaire de la part de nos grands médias qu'un des instigateurs de la manifestation pacifique de mars dernier à Minsk  vient d'être condamné à 18 mois de prison ferme pour "appartenance à une organisation politique non enregistrée auprès du Ministère de la Justice".

Źmicier Daszkiewicz est une figure de proue du Front de la Jeunesse qui s'est illustré notamment par le camp de tentes sur la Place d'Octobre de Minsk (photo ci-contre) qui avait tenu une bonne semaine dans des conditions climatiques difficiles avant d'être brutalement évacué par la Milice biélorusse.

A l'époque, les médias occidentaux s'étaient intéressés de près à cette manifestation spectaculaire, redoublant d'éloges sur le courage de ces jeunes opposants, peu nombreux mais déterminés malgré le froid et la menace d'autorités connues pour leur recours systématique à la force pour mater l'opposition.

Je ne peux m'empêcher de m'étonner, candide que je suis, de la différence de traitement médiatique entre une manifestation romantique et télégénique sur fond de lutte contre la "dernière dictature d'Europe" et la présente information révélée par l'hebdo polonais Wprost (http://www.wprost.pl/ar/?O=96535 pour les polonisants).

Entre un événement qui a eu droit à une dizaine de jours consécutifs d'apparition au JT de 20 heures de TF1 et France 2 et celui-ci (qui découle du premier et qui ne me semble pas moins important) même pas cité en entre-filet dans les grands organes de presse, n'y a t'il pas de place pour la demi-mesure?

 

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 9 novembre 2006 4 09 /11 /2006 23:08

Après avoir participé ensemble au grand sommet anti-américain organisé par Fidel Castro à la mi-septembre, les présidents iranien et biélorusse continuent sur la voie de la coopération et de l'amitié entre les deux régimes. Alexandre Loukachenko s'est rendu en visite officielle en Iran à l'invitation de son "grand ami" Mahmoud Ahmadinejad. Encouragé par ses récents succès diplomatiques auprès notamment de Cuba et du Vénézuela d'Hugo Chavez, le président biélorusse est arrivé dimanche 5 novembre à Téhéran. Il annonce d'emblée la tonalité amicale de sa visite et sa volonté de collaborer dans tous les domaines avec l'Iran, y compris le domaine militaire. Selon lui, rien ne justifie que le pays de son hôte n'ait pas accès à la bombe atomique, alors même que l'Inde, le Pakistan ou la Corée du Nord possèdent notoirement cette technologie.

Les deux dirigeants ont annoncé vouloir porter le volume annuel de leurs échanges à la hauteur d'un milliard de dollars. Le chiffre avancé est particulièrement ambitieux, en comparaison du chiffre actuel de 38 millions de dollars annuels. L'industrie biélorusse devrait ainsi implanter prochainement en Iran une chaîne de montage de ses célèbres tracteurs, fleuron de l'industrie soviétique toujours très actif dans le pays. Dans le même temps, les Iraniens vont développer la production de leurs automobiles de tourisme "Samand" en territoire biélorusse (48 véhicules produits depuis le début de l'année).

Même si le développement de cette coopération industrielle tient apparemment à coeur aux deux dirigeants, il ne suffira pas à multiplier par 30 (!) les échanges irano-biélorusses, loin s'en faut. C'est bien dans le domaine militaire que va se situer l'essentiel du commerce. Les Iraniens ont un besoin vital d'accéder notamment à la technologie russe de missiles air-sol en ces temps de bras-de-fer avec le "Grand Satan" américain. Or, les autorités biélorusses ont accès à cette technologie et ne sont pas privés dans le passé de revendre des armes à des pays hostiles aux Etats-Unis (Irak, Vietnam...), évitant par cet intermédiaire de compromettre directement le grand frère russe avec des interlocuteurs peu recommandables...

Loukachenko, toujours aussi ostracisé en Occident et de plus en plus en froid avec Vladimir Poutine, cherche à s'assurer le maximum de soutien dans ce qui constituait jadis le camp des "non-alignés", jouant ainsi une carte risquée au cas où les Russes le lâcheraient définitivement pour ne pas froisser ses partenaires notamment américains. Le jour où il perdra l'accès à la technologie militaire russe, on peut se demander si l'autocrate biélorusse gardera le même intérêt chez ses "grands amis" Ahmadinejad ou Chavez. En attendant, comme le souligne fort justement Nezavissimaïa Gazeta, la constitution pas-à-pas de ce club anti-américain renforce considérablement l'indépendance réelle de la Biélorussie vis-à-vis du Kremlin. Méfions-nous bien en Occident de sous-estimer l'homme fort de Minsk qui est plus complexe (et fin stratège) que nous serions tentés de le penser au vu de ses méthodes brutales et de ses déclarations ubuesques...

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 20 novembre 2006 1 20 /11 /2006 15:36

Le "lobbying" intense du groupe parlementaire chargé de la question biélorusse (mené de façon particulièrement active par des euro-députés notamment polonais de tous les partis) pendant deux ans aura finalement porté ses fruits. Pour couper court à la propagande du régime d'Alexandre Loukachenko qui est parvenu à convaincre sa population qu'en Europe, personne ne s'intéressait à la Biélorussie et ne lui tendait les bras, l'Union Européenne a fait une offre concrète au maître de Minsk. Pour la première fois depuis le gel de la coopération bilatérale UE-Biélorussie en 1996, la Commission de Bruxelles fait un pas vers celui qui est généralement qualifié de "dernier dictateur d'Europe" par la presse internationale. Le principe de la démarche est celui d'un accord équitable entre les deux parties : "donnant-donnant", démocratisation contre aide financière.

Les autorités européennes demandent en particulier à Alexandre Loukachenko la libération des prisonniers politiques (on pense en particulier à Zmicier Daszkiewicz emprisonné récemment [photo ci-contre, cf. Un jeune contestataire en prison]  et à Alexandre Kazouline qui poursuit une grève de la faim dans sa cellule de prison depuis un mois, cf.L'opposant Kazouline poursuit sa grève de la faim) et l'arrêt des poursuites exercées à l'encontre des membres de l'opposition. Elles exigent également des autorités biélorusses qu'elles procédent à des enquêtes impartiales et transparentes sur les "disparitions" d'opposants et de journalistes que l'on déplore depuis de nombreuses années et appellent enfin à la tenue d'élections libres.

En contrepartie, la Biélorussie se voit proposer une aide financière que l'on estime à plusieurs centaines de millions d'euros. Elle consiste notamment en une ouverture du marché européen à la production biélorusse, une aide directe pour moderniser les entreprises, une augmentation importante des bourses communautaires accordées aux étudiants, une simplification radicale des procédures d'obtention de visas Schengen.

Il ressort de cette initiative diplomatique inédite, révélée par le quotidien polonais Gazeta Wyborcza et confirmée par l'euro-député polonais Bogdan Klich (PO), chef de la commission chargée des relations avec Minsk, que Bruxelles ne cherche pas à renverser Loukachenko. Ce dernier, qui est au pouvoir depuis 1994 et avec qui le dialogue est quasiment rompu depuis 1996, est considéré de façon pragmatique comme un interlocuteur incontournable, au moins à moyen terme. Bruxelles compte renouer le dialogue en évitant la confrontation avec l'impulsif dirigeant biélorusse et ne cherche qu'à détendre le régime dans l'intérêt de la population.

La réaction du leader de l'opposition Alexandre Milinkiewicz ne s'est pas faite attendre et s'il se réjouit d'une initiative qu'il appellait de ses vœux depuis quelques années déjà, il assure également qu'il fera le maximum pour que cette main tendue par l'Europe ne passe pas inaperçue auprès du peuple biélorusse.

 

 

 

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 21 novembre 2006 2 21 /11 /2006 22:01

Condamné au mois de juillet à 5 ans et 6 mois de prison pour avoir participé à l'organisation de manifestations non autorisées, l'opposant Alexandre Kazouline a entamé une grève de faim depuis déjà un mois. Les manifestations dont il est question ont suivi le scrutin présidentiel de mars, qui a suscité les protestations de la communauté internationale, qui ne l'a pas considéré comme équitable et transparent. Kazouline y avait obtenu la troisième place derrière l'indéracinable président Loukachenko et le leader de l'opposition unie Alexandre Milinkiewicz, plus connu à l'étranger et qui a obtenu en octobre le prix Sakharov du Parlement Européen.

D'après son épouse Irina, l'opposant aurait perdu 17 kg après son premier mois de jeûne et éprouve les plus grandes difficultés à se déplacer. Son état de santé n'émeut pas franchement les autorités de la prison qui empêchent toujours les visites à l'ex-candidat à la présidentielle (qui aura 51 ans le 25 novembre prochain) : ni son épouse ni son avocat n'ont pu s'entretenir avec lui, pas plus que les quatre diplomates (USA, Allemagne, Suède et Royaume-Uni) qui ont déposé des demandes de visite auprès de l'administration pénitentiaire. Cette dernière affiche la plus grande sérénité malgré les risques que court ce prisonnier au centre de toutes les attentions : le médecin-chef de l'établissement s'est même vanté avoir déjà réussi par le passé à faire interrompre une grève de la faim par la persuasion. Il n'est donc pas exclu qu'Alexandre Kazouline, qui veut tenir coûte que coûte, soit très prochainement alimenté de force dans sa prison.

Kazouline est un personnage atypique de la vie publique biélorusse. Ministre de l'Education dans le premier gouvernement Loukachenko (1994-1996) puis Recteur des Universités d'Etat jusqu'en 2003, il a été débarqué comme beaucoup d'autres par le maître de Minsk pour n'avoir pas suffisamment verrouillé l'expression politique à l'Université et a voulu se rapprocher de l'opposition. Au sein de cette dernière, on se méfie de cet ex-apparatchik bouillonnant, notoirement pro-russe (il avoue ne pas parler le biélorusse mais dit faire des efforts pour l'apprendre...) et jusqu'à une période récente proche de Loukachenko.

C'est pour cette raison que Kazouline ne s'était pas effacé comme tous les autres opposants derrière la figure unique et désormais reconnue à l'étranger d'Alexandre Milinkiewicz. La presse d'opposition biélorusse (plus facilement disponible par Internet qu'en kiosque) estime même que le président garde son précieux prisonnier derrière les barreaux car il le considère comme dangereusement soutenu par le Kremlin. Paradoxalement, les nationalistes biélorusses (suivis en cela par des diplomates polonais) considèrent que le président actuel est une meilleure garantie d'indépendance pour leur pays car il a montré qu'il n'était pas une marionnette de Moscou et que c'est bien à l'issue de son règne que le pays avait le plus de risque de tomber sous domination russe...

 

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 1 décembre 2006 5 01 /12 /2006 22:01

Le leader de l'opposition biélorusse unifiée Alexandre Milinkevitch (en photo ci-contre avec un admirateur français) a été interpellé mercredi 29 novembre à l'aéroport de Minsk dès sa descente d'avion. Il revenait de Riga où se tenait pendant plusieurs jours le sommet de l'OTAN et y a rencontré de nombreux dirigeants occidentaux, en particulier George Bush, et des ministres russes. Les forces de l'ordre lui reprochent d'avoir voyagé avec un passeport non valide et vont prochainement le faire comparaître devant un tribunal de Minsk. Alexandre Milinkevitch s'est vu décerner le prestigieux prix Sakharov 2006 par le Parlement Européen qui doit le lui remettre en grandes pompes le 12 décembre prochain. Malheureuse coïncidence bien entendu que cette interpellation du désormais célèbre opposant, empêché à coup sûr de se rendre à l'étranger à temps pour recevoir son prix...

Il semble pourtant (c'est en tout cas ce que rapporte le quotidien polonais Życie Warszawy, média peu suspect de complaisance avec le régime biélorusse) que les faits reprochés à Alexandre Milinkevitch soient tout ce qu'il y a de plus avérés. D'après un de ses plus proches collaborateurs, Pavel Majeïka, le politicien a effectivement fait une erreur et a voyagé avec le passeport de son fils qui se prénomme... Alexandre, lui aussi. A l'aller, les douaniers lettons ne se sont pas aperçus de la confusion, ce qui n'est pas le cas de leurs homologues biélorusses dont la réputation de rigueur est connue de tous ceux qui ont eu l'occasion de passer une frontière de ce pays. Cette étourderie est en tout cas une excellente occasion offerte aux autorités pour retenir au pays une personnalité qui dérange par son exposition médiatique internationale qui ne se dément pas depuis le scrutin présidentiel de mars dernier. D'après le code pénal en vigueur, Alexandre Milinkevitch risque une condamnation pouvant aller jusqu'à deux mois de travaux d'intérêt général.

Rappelons qu'en avril dernier, l'opposant avait passé deux semaines en prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée par le Ministère de l'Intérieur, ce qui l'avait empêché de prendre part à la manifestation commémorative de la catastrophe de Tchernobyl. Depuis cette date, les autorités restent prudentes à son égard, préférant l'ignorer ou le mépriser (Milinkevitch est un anonyme pour une majorité de Biélorusses car son visage n'apparaît absolument jamais à la télévision). Le régime pourrait même prétexter de l'obtention du prix Sakharov pour présenter la principale alternative crédible au président Loukachenko comme une marionnette de l'Union Européenne et des Etats-Unis. Les euro-députés qui craignaient que ce prix ne devienne un cadeau empoisonné pour l'opposition biélorusse auraient-ils eu le nez creux?

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 3 décembre 2006 7 03 /12 /2006 22:41

C'est dans la province de Grodno, à l'ouest de la Biélorussie, que vit la plus grande partie de la minorité polonaise du pays. Les identités nationale et religieuse sont très entremêlées dans ces régions, on peut considérer que ce groupe coïncide en général avec la communauté catholique et inversement, même si cela mériterait quelques nuances. Les autorités locales ne s'embarrassent apparemment pas de ce genre de nuances tant elles semblent considérer comme suspecte d'être un véritable "ennemi de l'intérieur" toute personne connue comme catholique ou comme polonaise. (cf. La minorité polonaise prise pour cible par le régime)

Le dernier épisode malheureux de cette politique d'intolérance religieuse se déroule depuis plusieurs jours à Grodno (en photo, la cathédrale Saint François, principal lieu de culte catholique de la ville) où une communauté attend depuis dix ans les autorisations pour pouvoir construire une église. Cette communauté (enregistrée légalement auprès des pouvoirs publics depuis 1997 sous le nom de paroisse Notre-Dame du Sacré-Cœur de Grodno) compte environ 6000 fidèles et ne dispose que d'une chapelle provisoire depuis toutes ces années, alors qu'elle possède un terrain constructible adapté au projet. Le père Aleksander Szemiet qui dirige la paroisse a multiplié les démarches qui se heurtent soit à la mauvaise volonté soit à l'arrogance des fonctionnaires biélorusses à tous les niveaux de l'administration. 

Les choses sont rendues particulièrement compliquées par un décret de mai 2005 selon lequel toute construction d'édifice religieux dans un chef-lieu de région (c'est précisément le cas de la ville de Grodno) doit être soumise à l'approbation... du chef de l'Etat en personne! Dans ces conditions, il apparaît difficile que le gouverneur régional Vladimir Sovtchenko accepte de se rendre à Minsk pour aller y plaider la cause de ses administrés catholiques...

En dernier recours, à la manière des opposants politiques (cf. L'opposant Kazouline poursuit sa grève de la faim), le père Szemiet a décidé d'entamer une grève de la faim avec 11 de ses fidèles, âgés de 39 à 79 ans. Cette décision a été prise après la dernière entrevue avec les dirigeants régionaux qui n'a pas donné de résultat concret, une fois de plus. Seuls les services de renseignements biélorusses ont tiré profit de cette rencontre, qui leur a donné l'occasion de filmer minutieusement la petite centaine de fidèles venus manifester leur soutien devant le bâtiment officiel.

Par Wawrzek Lothringer - Publié dans : Biélorussie-Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus