La minorité polonaise en Biélorussie représente de 5 à 10% de la population, essentiellement à l'Ouest du pays, dans ce qui a représenté pendant très longtemps les confins orientaux de la Pologne quand celle-ci était située plus à l'Est du
continent. En fait, une fraction importante de la population de confession catholique (un tiers du pays environ) a également des origines polonaises mais ne se considère pas comme tel, dans un pays dont on a beaucoup dit et écrit qu'il avait été largement "soviétisé". Comme toutes les formations politiques, syndicats et organisations du pays, les associations de Polonais doivent composer avec l'omniprésence des autorités de Minsk et vivre sous leur contrôle et avec leur autorisation. Soucieux de tenir en respect un groupe national réputé pour son esprit d'indépendance voire d'insoumission, le président Loukachenko a veillé à s'assurer de la fidélité de représentants de la minorité polonaise en montant de toutes pièces "son" association, dûment encadrée et subventionnée. Pourtant, c'est une formation concurrente, la ZPB (Związek Polaków na Białorusi) qui est reconnue par la fédération des Polonais de l'étranger et par le gouvernement de Varsovie.
Persuadé depuis la "révolution orange" ukrainienne que la Pologne cherche à tout prix à le renverser à son tour, le président Loukachenko considère de plus en plus ouvertement la ZPB comme un ennemi de l'intérieur. La présidente de cette association, Angelica Borys a été arrêtée il y a quelques jours à la frontière lituanienne et son véhicule soumis à une fouille complète. A leur grand étonnement, les douaniers biélorusses ont trouvé quelques grammes d'une substance identifiée plus tard comme étant des amphétamines... Immédiatement mise en détention, Angelica Borys clame son innocence depuis les premiers instants et parle d'une grossière provocation politique orchestrée par les Services Spéciaux (qui en Biélorussie, faut-il le rappeler, portent toujours le nom de KGB).
Cette façon de procéder n'est pas rare de la part des autorités de Minsk : plutôt que de reprocher à un dissident (la ZPB étant considérée comme telle) un délit d'ordre politique avec tout ce que cela comporte de procédures et de protestations internationales, mieux vaut monter de toutes pièces un crime de droit commun que l'on peut ainsi imputer à la personne gênante. C'est ainsi que des opposants purgent actuellement des peines de prison pour divers délits, troubles à l'ordre public, détention de stupéfiants, sans que l'on puisse juridiquement les qualifier de prisonniers politiques. Angelica Borys risque deux ans de prison pour trafic de stupéfiants mais le harcèlement ne s'arrête pas là car cette inculpation sert de prétexte au déclenchement d'une opération plus globale contre la ZPB : on reproche à deux journalistes, Andrzej Poczobut et Andrzej Pisalnik d'usurper le titre de Rédacteur en Chef de deux revues polonisantes, cette fonction étant hautement réglementée en Biélorussie.
Pour le moment, ni l'opposition biélorusse ni le gouvernement polonais n'osent réagir de façon très ferme, craignant pour la première de passer pour "pro-polonaise" et donc traître à la Nation dans le stéréotype officiel et pour le second d'envenimer les choses en paraissant manipuler la minorité à son profit contre Loukachenko. Il ne reste qu'à attendre que les charges retenues contre Angelica Borys soient clairement énoncées. Selon Gazeta Wyborcza, au bout de deux semaines de détention, elle aurait déjà subi 81 interrogatoires...
Par Wawrzek Lothringer
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La nouvelle a été révélée en milieu de semaine par la principale agence de presse polonaise, PAP. Un citoyen biélorusse surveillé de longue date tant par les services secrets lituaniens que par leurs homologues polonais a été
interpellé à l'initiative des premiers, dans la plus grande discrétion. Le Procureur Général de Pologne, Janusz Kaczmarek se trouvait justement en Lituanie au même moment, officiellement pour dénouer un problème de circulation de poids lourds polonais bloqués à la frontière entre la Lituanie et la Lettonie. Ses collaborateurs ont par la suite reconnu que l'arrestation du citoyen biélorusse soupçonné d'espionnage était bien la raison principale du déplacement de ce haut fonctionnaire polonais, qui se félicite de l'excellente collaboration entre ses services et leurs homologues baltes.
Les autorités lituaniennes ont considéré que le Biélorusse (dont l'identité n'a pas été publiée, pas plus que son lieu de détention) agissait principalement dans l'intention de nuire aux intérêts polonais, depuis leur territoire mais également depuis l'enclave russe de Kaliningrad, où il fait de fréquents séjours et où il rencontrerait des personnes également surveillées de près par les services de renseignements des pays voisins. L'activité de l'espion présumé se serait intensifiée à l'approche du récent sommet de l'OTAN qui s'est déroulé pour la première fois dans la capitale lettone, Riga. Les délégués polonais auraient été particulièrement "visés" ainsi que d'autres représentants, notamment baltes.
Pour l'heure, il n'est pas établi que cette personne soit directement liée au régime d'Alexandre Loukachenko, qui ne fait aucun commentaire sur l'affaire (en illustration, le siège du KGB biélorusse sur la principale avenue de la capitale). Il n'en est pas moins notoire que les relations entre Minsk et Varsovie sont exécrables depuis de nombreuses années, notamment depuis la "révolution orange" d'Ukraine, qui avait été ostensiblement soutenue par le président polonais Kwaśniewski. Cette volonté affichée par la Pologne de faire sauter les derniers vestiges soviétiques dans son voisinage oriental (les "confins" historiques du pays avant 1939) est considérée par la Biélorussie comme une véritable ingérence à caractère quasiment colonialiste. Les Polonais sont de plus membres actifs de l'OTAN, ce qui aiguise l'hostilité du régime biélorusse à leur égard. La présente arrestation, s'il est confirmé qu'elle implique directement le pouvoir de MInsk risque en tout cas de ne pas apaiser les tensions.
Par Wawrzek Lothringer
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Officiellement "retiré" de la politique depuis les élections présidentielles de l'automne dernier, l'ex-président Aleksandr Kwaśniewski
reste néanmoins toujours très présent, dans une confortable position d'arbitre que la Constitution lui a imposé en limitant le nombre de mandats à deux. Cette restriction constitutionnelle a permis à l'ex-Secrétaire à la Jeunesse et aux Sports du temps de la République Populaire de réussir sa sortie, sans avoir à affronter les électeurs une troisième fois. La vague conservatrice qui a porté au second tour deux candidats de droite et laminé la gauche a ainsi épargné la popularité de l'ex-président.
Il y a quelques semaines, le regain de vitalité des partis de gauche aux élections municipales (cf. La gauche polonaise tourne la page communiste?) a rejailli sur son prestige personnel, car il a constamment joué les facilitateurs dans les négociations et les alliances : les sondages le plébiscitent aujourd'hui pour prendre la tête de cette nouvelle force politique. Même la victoire de la libérale Hanna Gronkiewicz-Waltz à la mairie de Varsovie (cf. Madame le Maire aux commandes à Varsovie) porterait un peu sa marque si on considère que dans un scrutin très serré, la moindre petite phrase de soutien peut faire basculer un résultat...
C'est toutefois sur le plan international que (qui a eu 52 ans en novembre) veut peser de tout son poids, comme au moment de la "révolution ukrainienne" en 2004 qui est considérée comme sa plus grande réussite diplomatique, affirmant l'influence majeure que pourrait retrouver son pays en Europe Orientale. Après l'Ukraine, c'est la Biélorussie qu'Aleksandr Kwaśniewski veut arrimer à l'Europe par l'intermédiaire de la Pologne. Mais pour ce faire, le chemin officiel choisi par les institutions européennes ne lui semble pas satisfaisant (cf. L'Union Européenne tend la main à Loukachenko ) car elle impliquerait un assouplissement du régime en place, ce qui semble improbable.
Considérant que le régime biélorusse est dans une phase très délicate à cause du refroidissement de ses relations avec le Kremlin, l'ancien président polonais ne veut pas risquer de braquer encore plus Alexandre Loukachenko par ce qui pourrait être pris pour des pressions (pour l'instant, les autorités biélorusses font plutôt mine d'ignorer les propositions européennes). Au contraire, Aleksandr Kwaśniewski souhaite que les Européens invitent le maître de Minsk à s'asseoir à une table de négociations pour réfléchir en commun à l'avenir du continent. Son argumentation prend en compte les discussions effectivement entamées avec des pays tels que l'Iran, la Syrie (demain la Corée du Nord?), qui ne sont pas des partenaires plus fréquentables que la Biélorussie. L'année 2007 sera cruciale pour l'avenir de la Biélorussie, qui aura certainement les pires difficultés à surmonter l'augmentation prévue du gaz russe. Dans ces conditions, les Européens doivent faire un choix : poursuivre dans la voie de l'isolement de Loukachenko ou suivre l'intuition d'Aleksandr Kwaśniewski et faire revenir le "dernier dictateur d'Europe" dans le cercle européen, bon gré, mal gré.
Par Wawrzek Lothringer
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